Atelier d’écriture chez Asphodèle : la couleur du ciel

plumes asphodeleJ’ai un peu perdu le rythme des ateliers d’écriture, en autres parce que notre chère Olivia a fait une pause, mais l’histoire de Cynthia a malgré tout poursuivi son petit bonhomme de chemin.

Voici les mots chez Asphodèle cette semaine : mardi, nuage, mari, enfer, empyrée, céleste, horizon, lit, paradis, tempête, embellie, azur, atmosphère, étoile, tonnerre, mystérieux, septième, coin, vague, festoyer, feuillée, fable.

Previously on Cynthia’s story : Cynthia s’est souvenue de sa rencontre quatre ans plus tôt avec Tom, le pianiste du bar ‘Le Lapin Ecarlate’, où elle fêtait ses vingt ans avec sa soeur Maya et ses deux amies Cath et Julie. Ce soir-là, après des mois passés à fantasmer sur le musicien, qu’elle appelait Jensen, elle prend son courage à deux mains pour aller chanter avec lui et ils passent une merveilleuse soirée. Then…

‘Cynthia était assise sur son petit lit blanc, encore hantée par la vague de réminiscences qui l’avait submergée au réveil. Son mystérieux Jensen s’appelait donc Tom et elle avait selon toute vraisemblance eu une aventure amoureuse avec lui. Elle vibrait encore au souvenir de l’atmosphère magique de leur première rencontre. Tom comme un Dieu descendant de l’empyrée, comme l’acteur adulé surgissant de l’écran pour étreindre sa spectatrice transie, l’emmener au septième ciel et remplir ses yeux d’étoiles.
Les recoins oubliés de sa mémoire commençaient à s’éclairer, comme la voûte céleste retrouvant progressivement sa couleur azur après l’orage. Les nuages de son amnésie se dissipaient peu à peu et elle parvenait péniblement à en écarter les voiles. Pourtant, elle ne savait pas si elle devait se réjouir de cette embellie. Qui sait ce qu’elle finirait par découvrir dans les méandres de son esprit ? L’enfer après le paradis, le tonnerre après la brève éclaircie ?

Cynthia était perdue dans le tourbillon de ces pensées, le regard perdu à l’horizon. Elle écoutait distraitement les pépiements d’une nichée d’oisillons qui festoyait dans la feuillée qui se trouvait près de sa fenêtre, quand on frappa à la porte. On était mardi, c’était le jour de la visite de Maya. Elle entra dans la chambre et embrassa sa sœur.

-Bonjour Cynth, comment vas-tu aujourd’hui ?
-Bonjour Maya, je suis contente de te voir. A la vérité je ne sais pas trop, des images me sont revenues ce matin, mais j’ai du mal à savoir ce que je dois en penser. Est-ce que le nom de Tom te dit quelque chose ? Je crois que je me souviens de notre rencontre au Lapin Ecarlate, je l’ai aussi vu sur une photo chez Papa et Maman, mais il n’est jamais venu me voir ici. On s’est peut-être séparés depuis ?

Maya pâlit à la question qui venait de lui être posée et ne savait comment y répondre.

-Je ne vais pas te raconter de fable, Cynth. Tom allait être ton mari.’

Et pour ceux que ça intéresse, voici le passage précédent, qui raconte la rencontre de Cynthia et Tom : 

Quatre ans plus tôt

-S’il vous plaît, deux pressions, un mojito et une margarita ! lança Maya au serveur du Lapin Ecarlate. Il y a un monde fou ce soir, à croire que tout le monde savait que c’était ton anniversaire Cynth.

Mais déjà, Cynthia n’écoutait plus sa sœur. Elle était absorbée par le pianiste, feutre vissé sur la tête cachant ses beaux yeux verts.

-Hey Cynth, tu es avec nous ? demanda Cath en agitant les mains devant le visage de Cynthia.
-Non, je crois qu’elle est partie quelque part dans un endroit de rêve avec Jensen, répliqua Julie en riant.
-Arrêtez de vous moquer les filles, il pourrait très bien s’appeler Jensen !
-Ce que je crois surtout c’est qu’il faudra bien un jour que tu ailles lui parler. Tes yeux de merlan frit ne trompent personne, tu sais, lui le premier !

Cynthia poussa un soupir dédaigneux en levant les yeux au ciel. Elle ne pouvait pourtant pas nier qu’elle fantasmait depuis des mois. Son imagination fertile avait concocté une multitude de scénarios où elle tenait le plus souvent le rôle d’une chanteuse de cabaret au charme fatal, Honey Malone. Campée dans son personnage, elle partait à la conquête de celui qu’elle appelait Jensen, ne connaissant pas son véritable prénom. Dans ses rêveries, les yeux verts étaient toujours subjugués, Jensen sentait toujours la vanille, et ils avaient déjà fait l’amour des dizaines de fois. Les gloussements joyeux de ses amies et le serveur qui amenait leurs boissons la sortirent de ses pensées.

-Allez Cynthia, ce soir c’est ton anniversaire, il faut que tu te fasses le plus beau des cadeaux. A la fin de la soirée, tu iras parler à Jensen !

Et elles levèrent leur verre.

-A tes vingt ans, Cynthia !

Vingt ans. Il fallait en effet marquer le coup. On dit souvent que vingt ans est le plus bel âge de la vie mais c’est faux. A vingt ans, Cynthia était encore perdue entre l’adolescence et l’âge adulte, elle était timide, et, sans surprise, ne se trouvait pas jolie. Elle n’avait pas de petit ami, et pour tout dire, l’idée même qu’un homme puisse lever les yeux sur elle lui paraissait totalement saugrenue. Il y avait bien eu quelques flirts dans sa prime jeunesse mais ils s’apparentaient plus à des accidents fortuits qu’à de véritables histoires. Seule la musique arrivait à la sortir de sa réserve naturelle. Quand elle chantait, elle ne souciait plus guère du regard des autres, les mots et les notes envahissaient son univers et elle se fondait en eux. Mais aujourd’hui elle avait vingt ans. Alors bon sang oui, il fallait fêter ça. Elle leva son verre et claironna :

-Pari tenu, ce soir je chante avec Jensen !

Une clameur s’éleva de leur table, faisant se retourner les autres clients du bar qui levèrent à leur tour leur verre en son honneur. Gênée, Cynthia tourna la tête. ‘Jensen’ venait également de lever son visage vers elle et lui adressa un petit salut de son chapeau. Elle en oublia le bar autour d’elle : il venait de remarquer sa présence. Elle eut un sourire maladroit et se sentit rougir jusqu’à la racine des cheveux.

-Ca y est, je crois qu’on a reperdu Cynth, ironisa Maya. S’il vous plaît, dit-elle en apostrophant le serveur, un plateau de fajitas pour quatre !

Malgré la bonne humeur de ses amies, l’alcool et la musique, Cynthia se sentit nerveuse toute la soirée. Un pari stupide vraiment. Et qu’allait-elle lui dire en l’abordant ? ‘Bonsoir Monsieur, est-ce que je pourrais chanter avec vous s’il vous plaît ?’ Non vraiment, c’était une très mauvaise idée. C’est ainsi que sur les coups d’une heure du matin, elle tenta une esquive.

-Bon il se fait tard les filles, j’irais bien me coucher bientôt.
-Ah ah, tu crois que tu vas t’en sortir ça ? rétorqua Cath. Un pari est un pari, tu ne sortiras pas d’ici avant d’avoir vampé ton Jensen ! Si tu veux on peut t’encourager, reprit-elle d’une voix avinée, Cyn-thia, Cyn-thia !

Cynthia était mortifiée.

-C’est bon, Cath je vais y aller. On a dit que c’était ma soirée non ?

Quand elle se leva de sa chaise, son cœur battait la chamade. Jensen finissait sa pause et allait se remettre au piano. Elle sentit ses jambes flageoler mais c’était ça ou l’humiliation publique par une Cath passablement éméchée. Prenant une grande inspiration, elle se dirigea tout droit vers la scène. Jensen venait de se rasseoir au piano et se tourna vers elle. Alors qu’elle montait les trois marches, il entama l’introduction du Unforgettable de Nat King Cole et lui montra le micro d’un geste du menton. Elle attrapa l’instrument et prit une grande inspiration. Sa voix, d’abord chevrotante, se laissa peu à peu bercer par la musique et s’enroba de velours. Au milieu du morceau, elle vint s’accouder au piano et ses yeux plongèrent dans les yeux verts de Jensen. C’était un moment hors du temps : la musique douce, sa voix, le regard de Jensen, son cœur proche de l’explosion, elle allait forcément se réveiller bientôt.
A la fin de la chanson, le bar se mit à applaudir et elle reprit conscience de la réalité. Elle reposa le micro sur son pied et murmura un ‘merci’ ému. Elle s’approcha ensuite de Jensen. Avant qu’elle ait eu le temps de réfléchir à ce qu’elle allait pouvoir lui dire, il prit les devants et elle entendit sa voix pour la première fois, chaude, enveloppante.

-Bravo pour votre prestation. Je finis dans trente minutes, ça vous dirait que je vous offre un verre, mademoiselle …. ?
-Cynthia, je m’appelle Cynthia. Et vous ?
-Thomas, mais vous pouvez m’appeler Tom.

C’est sûr, c’était moins exotique que Jensen et elle s’en voulut intérieurement de ressentir une pointe de regret. Mais aujourd’hui, elle avait vingt ans, il était temps qu’elle arrête de vivre dans ses rêves pour se jeter à corps perdu dans la vraie vie et elle allait commencer ce soir. Quand elle revint à sa table, ses amies l’accueillirent sous un tonnerre d’applaudissements. Il était écrit que cette soirée était celle de Cynthia et que cela n’échapperait à aucun client du Lapin Ecarlate.
Une demi-heure et quelques bières plus tard, les envolées jazzy du piano de Tom laissèrent la place à un disque de vieux standards rythm’n’blues, et il descendit de la scène. Le voyant arriver de loin avec son feutre, Cynthia sentit l’esprit de Honey entrer en elle. Honey et son Jensen.

-Les filles, je vous abandonne, on dirait bien que ce soir est MON soir.

Elles l’encouragèrent avec force clins d’oeil entendus et Tom l’invita à s’installer au bar.

-Charlie, un whisky… et toi Cynthia ? Je peux te tutoyer ?
-Bien sûr Tom, répondit-elle d’une voix mal assurée. Un whisky on the rocks pour moi.
-Eh bien, petite demoiselle, siffla-t-il avec un sourire admiratif.

Cynthia réalisa rapidement que Honey était beaucoup plus entraînée au whisky qu’elle ne l’était : le nectar lui brûla la gorge à la première lampée et elle se mit à tousser. Tom sourit avec bienveillance et la regarda d’un œil attendri et amusé.

-Ca pique, hein ?

Cynthia hésita et, devant le ridicule de la situation, explosa de rire tout en continuant à tousser.

-Je crois que j’aurais dû m’en tenir au malibu / orange, réussit-elle à dire avec des larmes roulant sur les joues.

Tom prit alors une serviette sur le bar et, repoussant ses cheveux roux, se mit à essuyer son visage. Le temps se suspendit, le brouhaha du Lapin Ecarlate parut soudainement très lointain, et ce simple moment prit des allures d’instant inoubliable.

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30 réflexions sur “Atelier d’écriture chez Asphodèle : la couleur du ciel

  1. « Les recoins oubliés de sa mémoire commençaient à s’éclairer, comme la voûte céleste retrouvant progressivement sa couleur azur après l’orage. Les nuages de son amnésie se dissipaient peu à peu et elle parvenait péniblement à en écarter les voiles. Pourtant, elle ne savait pas si elle devait se réjouir de cette embellie. Qui sait ce qu’elle finirait par découvrir dans les méandres de son esprit ? L’enfer après le paradis, le tonnerre après la brève éclaircie  »
    J’adore ce passage. Je le trouve très bien écrit. Bravo

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  2. Je me demandais si les mots proposés modifiaient ton histoire au fur et à mesure ou si tu arrivais à continuer sur ton idée de base

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    • Ca dépend des fois, mais en principe la trame principale est respectée. Ceci dit, je ne suis pas du tout convaincue par ma mouture de la semaine, je pense que je vais revoir une grande partie des derniers passages, ce qui fera sans doute sauter les mots 🙂

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    • Ahah décidément, mon histoire évoque tous les hommes de ta vie 😀
      J’ai rajouté la rencontre de Tom et Cynthia à la fin du billet mais c’est écrit au kilomètre et ça ne me plaît pas trop, disons que c’est pour le contenu quoi ^^

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      • 😀 Héhé, et Cynthia, c’est le prénom d’une de mes héroïnes de Bleu du bonheur (et accessoirement celui d’une de mes Barbie. 😛 )
        Pour être franche, je l’aime un peu moins aussi, ce passage. Et je suis un peu déçue que les rêves de Cynthia dans la clinique soient en fait le prolongement de ses rêveries éveillées, ça casse un peu le décalage entre les deux mondes. Enfin, ce n’est que mon avis. 😉

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        • Ah décidément 😉
          Et merci de ton avis parce que je suis bien d’accord avec toi il y a quelque chose qui me dérange aussi dans le déroulé de l’histoire et ces passages ne me vont qu’à moitié. Trop évident, trop téléphoné. Je connais la fin depuis le début mais j’ai du mal à trouver le bon chemin pour y arriver ! Si tu as une suggestion bien sûr je prends 😉

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        • Pour finir ma réflexion, je pense que je vais dérouler jusqu’au bout, deux scènes ou trois tout au plus (il y a encore un passage avec Jensen auquel j’ai hâte d’arriver ^^) et je reviendrai ensuite sur l’ensemble !

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          • En fait, elle voit le cadre avec la photo de Tom/Jensen et se souvient de leur rencontre, ou bien il y a quelque chose entre ? Parce que sinon, ça va trop vite, d’un coup le mystère est levé et il y a le risque qu’on se désintéresse de l’histoire.
            Mais, oui, écris tout et laisse reposer quelques jours. Puis relis. N’hésite pas à couper, à virer.

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            • Il y a le passage hot Honey / Jensen entre les deux. En plus de ça, quelque chose ne va pas non plus dans la psychologie de la Cynthia du passé, j’en ai fait une fille timide, effacée, ultra-rêveuse, mais ça ne colle pas avec son père qui ne reconnaît plus sa fille dans la petite chose fragile qu’elle est devenue à l’hôpital. En plus, elle ne me plaît pas comme ça. Je pense que ça serait au contraire intéressant d’opposer les deux donc en effet je vais couper, virer et réécrire 😉 Bref y’a du taff quoi ^^ Un immense merci en tout cas Olivia pour tes conseils, j’apprécie beaucoup !

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  3. Pingback: LES PLUMES 28, les textes tombés du CIEL ! | Les lectures d'Asphodèle, les humeurs et l'écriture

  4. Ouh là… je suis clouée par l’effet de surprise…. la suiiiiiiiite, Biancat !
    J’adore cette histoire que tu construis si bien, elle me fait rêver….
    Bisous tendres et bon week-end reposant

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