Pink Water

Après Teki Latex et Lio avec leurs Matins de Paris, et toujours dans la série des rencontres musicales improbables, voilà un morceau qui voit se mêler la musique de notre Indochine national et la voix de Brian Molko, chanteur charismatique du groupe Placebo. Le résultat est planant et poignant. Un de mes morceaux préférés d’Indo.

Je partirai et je resterai
Seulement vêtu de toi
Souviens-toi encore quelquefois de moi
Et ne leur pardonne pas

Get me out of this place
Get me out of this town
Before I drown in your deep
Pink Water
I won’t remember your face
I can’t remember your frown
Because I’ll drown in your deep
Pink Water

 

Atelier d’écriture chez Asphodèle : Le retour de Jensen

Jensen3Les semaines et les récoltes de mots se suivent. Sur le thème de la métamorphose, voici le résultat chez Asphodèle pour aujourd’hui (nous avons échappé de peu à ‘cloporte’, alléluia ! ^^) : changement, incrédule, papillon, chenille, évolution, climat, déguiser, magie, transformation, grossesse, adolescence, éclosion, cafard, majestueux, amour, éphémère, éperdu, envol, travesti. Je ne sais pas si on avait le droit mais j’ai pour ma part laissé ‘grossesse’ de côté, et j’ai poursuivi l’histoire de Honey/Cynthia.

Previously… Cynthia avait reconnu Jensen sur une photo de famille chez ses parents, ce qui manque de lui provoquer une crise de panique, qu’elle réussit à juguler tant bien que mal. Elle passe malgré tout une journée détendue et agréable, même si une question obsédante, qu’elle n’ose pas poser, ne quitte pas son esprit : qui est Jensen ? Then…

‘Travesty Moonlight venait de terminer son tour de chant. Il était l’heure pour Honey d’entrer sur scène. Depuis l’arrière-salle du Red Bunny, son regard incrédule balayait le bar : Jensen n’était pas là. Elle maudissait Luke d’avoir interrompu leur conversation hier soir, alors que la partie était presque gagnée. Cela lui avait valu une soirée de cafard à broyer du noir, seule avec son verre et ses cigarettes.
Elle s’était fait plus belle, plus séduisante et vénéneuse que jamais, parce qu’elle avait décidé que ce soir serait LE soir. Elle portait une robe fourreau en satin pourpre qui épousait à merveille ses formes à la fois graciles et pulpeuses. Sa chevelure rousse soigneusement arrangée se répandait en vagues sur ses épaules menues, encadrant un visage fin au teint pâle, que soulignait un rouge à lèvres flamboyant. Quand Honey se muait en femme fatale, le changement était saisissant. Transformation de l’éphémère chenille fragile, éclosion et envol du papillon éclatant et majestueux. Elle ressemblait à Rita Hayworth.
rita hayworth
Après un dernier coup d’oeil, elle se résolut, avec une pointe de déception, à monter sur scène et à entamer son show. A la contrebasse, elle croisa le regard subjugué de Luke, auquel elle répondit par une moue indifférente. Tant que la chasse ne serait pas terminée, aucun autre homme que Jensen ne trouverait grâce à ses yeux. Sa voix, d’ordinaire enveloppante et hypnotique, n’avait pas de cible ce soir et c’est sans âme qu’elle égrena son répertoire. Une heure plus tard, à l’approche de la dernière chanson, qui annonçait aussi la fermeture imminente du Red Bunny, la porte d’entrée s’ouvrit et Honey retint son souffle. Elle avait senti sa présence et sa voix se régénéra comme par magie. Soudain, le climat de la soirée n’était plus à la grisaille monotone et la température monta imperceptiblement.
Jensen.
Vêtu de son habituel manteau gris, le visage tapi dans l’ombre de son feutre, il venait d’électriser l’atmosphère du Red Bunny. Il avança dans la salle, commanda son whisky, mais au lieu de s’installer au comptoir comme tous les soirs, il se dirigea tout droit vers la scène en ôtant son manteau. Honey finissait de chanter Devil in disguise, un morceau d’Elvis dont elle avait créé une version piano-voix sensuelle et langoureuse.
Sans la quitter des yeux, Jensen glissa quelques mots à l’oreille du pianiste et s’installa devant l’instrument lorsqu’il eut terminé. Bien qu’elle cherchât à le cacher par un air qui se voulait distant, l’excitation de Honey était à son comble : Jensen allait l’accompagner. Jensen2Quand il entama les premières notes du Unforgettable de Nat King Cole, sa gorge se noua : c’était sa chanson fétiche, celle qu’elle emmenait avec elle de scène en scène, celle qui coulait de ses cordes vocales aussi naturellement qu’un rayon de miel. S’approchant du piano et plongeant son regard dans les yeux verts de Jensen, elle la chanta comme si c’était la première fois. Les douces volutes de la mélodie laissaient déjà entrevoir les délices de la nuit à venir et la fièvre s’insinua en elle au fil des paroles.

-Vous étiez en retard ce soir, lui glissa-t-elle d’un ton de reproche, lorsque la musique s’arrêta.
-J’étais à l’heure pour le clou du spectacle. Je vous raccompagne ?

Honey attrapa sa cape noire, que Jensen lui mit sur les épaules, et alluma une cigarette en sortant du Red Bunny. Son appartement était à quelques rues de là. Ils marchaient depuis quelques minutes en silence quand Honey le questionna :

-Qui êtes-vous, Jensen ? Vous semblez en savoir beaucoup sur moi et je ne sais rien de vous.
-Ne posez pas de questions dont vous n’aimeriez pas connaître les réponses, Honey. Savourez le clair de lune et la douceur de la nuit.

Quelques dizaines de mètres plus loin, ils arrivèrent à son appartement, un petit deux-pièces coquet au premier étage, à dominante orange et rouge.

Jensen4-Je vous sers un verre ? demanda-elle en entrant.

Sans répondre, Jensen posa son manteau et son feutre et enleva la cape de Honey. Puis il fit pivoter délicatement les épaules de la jeune femme et l’attira à lui. Honey faillit défaillir lorsque ses lèvres se posèrent sur les siennes. C’était elle qui, habituellement, faisait perdre la tête aux hommes, mais ce soir il y avait une évolution, un bris dans les habitudes : elle sentait qu’elle perdait le contrôle. Son cœur était enflammé comme celui d’une adolescente, ses baisers étaient trop éperdus, ses mains trop fébriles. Jensen avait pris le pouvoir.
Il fit glisser sa robe, la prit dans ses bras et l’emmena dans la chambre. Il l’allongea sur les draps de soie violets et ils firent l’amour exactement comme Honey l’avait imaginé. Elle savait déjà ses gestes, son parfum vanillé, le léger goût sucré de sa peau, leurs souffles mêlés, la chorégraphie de leurs corps. Et lentement, ses larmes se mirent à couler.’

Genesis – Bernard Beckett

genesis beckettJ’ai annoncé la couleur dès ma présentation : je suis férue de fantastique et de science-fiction. Si j’en regarde beaucoup sur petit et grand écran, j’en lis curieusement peu alors que les monuments ne manquent pas en la matière. Qu’à cela ne tienne, une amie m’a récemment conseillé le petit roman Genesis du néo-zélandais Bernard Beckett. Une réflexion sur l’intelligence artificielle et la condition humaine, je ne pouvais pas refuser le voyage.

Alléchée et très décidée, je l’ai donc commandé sur le champ en Kindle, en anglais même si je ne l’ai pas fait exprès (voilà ce que c’est de ne pas pouvoir feuilleter ce qu’on achète ^^) et cette lecture a été, disons-le, une excellente surprise.

L’histoire : dans un monde futuriste reconstruit et en paix suite à la Dernière Guerre, Anaximandre est une jeune étudiante dont l’ambition est d’intégrer la fameuse Académie. Aujourd’hui, elle passe son examen d’entrée qu’elle prépare intensivement depuis des mois avec son mentor Périclès : un oral de quatre heures devant trois examinateurs, sur le thème de son choix. Anax commence alors à présenter son sujet, qu’elle connaît sur le bout des doigts : la vie d’un certain Adam Forde, dont l’existence a changé le cours de l’Histoire du monde…

Original, ce livre l’est, sans conteste. Par la forme, déjà, puisque toute l’histoire repose uniquement sur l’entretien d’Anax avec les trois examinateurs. On est donc dans un huis-clos dont on se demande au départ où il va mener, et qui finit ni plus ni moins par mettre au coeur de l’intrigue quelques-unes des questions fondamentales de la philosophie : qu’est-ce qui définit l’essence de notre humanité ? Qu’est-ce que la conscience ? Qu’est-ce que l’âme ? Qu’est-ce qui différencie l’humain de la machine ?

Entre exposition du sujet et questions piège, entre phases d’examen et de pause, le destin d’Anax sera scellé au bout de ces cinq heures. Mais il ne faut pas en dire trop car en plus de sa réflexion existentielle (qui en passant est une très bonne intro à la philo), l’ouvrage propose une fin originale et plutôt bien amenée. Pour les vieux briscards de la science-fiction, le premier twist ne sera pas une grande révélation, mais la toute fin est quant à elle vraiment surprenante, voire bouleversante.

Un petit livre donc, mais avec une portée qui s’avère fascinante, car la science-fiction n’est jamais aussi savoureuse que quand elle fait travailler nos méninges.

La journée du tag

j'aime qu'on m'aimeEh bien oui, les tags j’aime bien ça. Le souci, quand on ne les fait pas au fur et à mesure, c’est qu’on se laisse un peu submerger, et puis on ne retrouve plus les liens, ni les questions.

Même très en retard, je voulais quand même dire un grand merci aux copines blogueuses qui m’ont taguée, Sissi de Chick-Lit et autres Love Stories, rp1989 de La Chambre rose et noire (enfin je crois, sinon ce n’est pas grave, c’est l’occasion de faire de la pub ^^) et Anna de Coquelicot et Compagnie. Je crois également que j’avais encore des questions en suspens chez Lynnae de Falaise Lynnaenne, et chez Miss Asphodèle qu’on ne présente plus. Merci donc à vous !

Comme je suis définitivement perdue dans les différents tags, j’ai fait une sélection pour le programme du jour :

  • répondre aux 11 questions de Sissi, parce qu’elles me faisaient rire, et aussi parce que c’est le seul tag dont j’ai pu retrouver le lien,
  • faire le tag Emotions en Séries que j’ai vu hier chez Léa de Parole de Léa, et que j’ai trouvé très sympa.

 LES QUESTIONS DE SISSI

1- Quelle est votre couleur préférée ?
J’aime beaucoup le rose. Même si je n’en porte plus beaucoup moi-même, parce que je suis une dame vénérable, mes fripouilles en pâtissent…

2-Votre plus grande honte ?
Il y a quelques années, j’avais envie de quitter mon job et j’ai décroché un entretien dans une autre entreprise. Surprise, j’ai décroché le job, au salaire que j’avais demandé, mais au dernier moment je n’avais plus envie d’y aller parce que finalement je n’étais pas si mal dans ma boîte. Comme je ne savais pas comment m’en dépétrer, j’ai raconté que j’étais enceinte. J’ai eu tellement honte d’avoir trouvé une excuse aussi nulle que j’ai prié pendant des semaines que le pot aux roses (c’est le cas de le dire…) ne soit jamais découvert. Mais l’honneur est presque sauf aujourd’hui puisque je suis tombée enceinte de la deuxième fripouille environ 6 mois plus tard…

la-nuit-des-temps_rene-barjavel_0904200448503- Votre livre préféré ?
La question piège, il y en a tellement. A cette question, j’avais répondu dans un autre tag ‘L’ombre du vent’ de Carlos Ruiz Zafon, aujourd’hui je dirais ‘La nuit des temps’ de René Barjavel, parce qu’il réussit l’exploit de livrer une excellente histoire de science-fiction et une merveilleuse histoire d’amour. Si vous me posez la question dans 3 mois, il y a fort à parier que le réponse sera encore différente.

4- Le geste le plus romantique que vous ayez fait ?
Est-ce que le fait que je sèche sur cette question veut dire que je ne suis pas romantique ?

5- À quoi êtes-vous incapable de résister ?
Quand mes fripouilles me disent ‘Je t’aime Maman’ d’un oeil enamouré, alors même qu’elles m’ont rendu chèvre deux minutes plus tôt. J’ai quand même le sentiment de me faire avoir…

6- Vous préférez dîner avec Woody Allen ou Nelson Mandela ? Développez.
Nelson Mandela, pour qu’il m’apprenne à avoir le courage de mes opinions et à agir pour mes convictions et Woody Allen, juste pour lui dire à quel point j’ai aimé son film ‘Minuit à Paris’.

7- Votre péché mignon ?
Je me réfrène sur mon amour du rose mais je n’ai pas encore (hélas) dompté mon amour des sucreries.

8- Vous êtes plutôt Mojito ou pinte de blonde ?
Même si le Mojito est très à la mode, je reste fidèle à ma copine mousseuse, que j’aime aussi brune, rousse, voire blanche.

9- Le trait de votre personnalité que vous préférez ?
Mon humour dévastateur bien sûr !

10- Vous gagnez 130 millions au loto, vous faites quoi ?
Je me filmerais déguisée en poulet et je chanterais ‘Au revoir Président’ sur Youtube.

11- Si vous aviez eu la chance de prendre le train pour Poudlard avec Harry, vous auriez été Gryffondor, Poufsouffle, Serdaigle ou Serpentard ?
Vous savez bien que c’est le Choixpeau qui tranche cette question, alors je dirais peu importe la maison, du moment que je suis sélectionnée dans l’équipe de Quidditch.

 

LE TAG ‘EMOTIONS EN SERIES’

Le but du jeu était de sélectionner 7 séries et de les associer à 7 émotions :

1- L’amour fraternel : Supernatural

Sam dean hug

Même si ça s’écaille un peu au fil des saisons, les frères Sam et Dean Winchester, c’est à la vie à la mort. A me faire regretter d’être fille unique.

2- L’amour romantique avec un grand R : How I Met Your Mother

ted cor bleu
Plus romantique que Ted Mosby tu meurs, mais sérieusement, qui peut résister à un prétendant qui vole un cor bleu dans un restaurant pour vous ou qui est capable d’organiser un rencard complet de deux minutes ?

3- La peur : The Walking Dead et American Horror Story Asylum

the walking deadamerican horror story asylum
Même si ce sont d’excellentes séries, s’il y en a deux dans lesquelles je ne voudrais pas être parachutée, c’est bien ces deux-là. Peur du monstre, peur de l’autre, peur de soi-même, finalement on est bien mieux dans son canapé.

4- L’amitié loufoque : The Big Bang Theory

TBBT Soft kitty
Ils sont tous fous à lier mais quelle sacrée bande de potes. Vous en avez beaucoup, vous, des amis qui vous chantent ‘Soft kitty’ quand vous êtes malade ?

5- La culpabilité : Dexter

Dexter-Saison-5
Même si lui met du temps à en ressentir (pas tous les jours facile d’être un psychopathe insensible), je me suis toujours dit que ça devait être vraiment fatigant de concilier une vie d’expert légal le jour et de serial killer la nuit. Et comment continuer à vivre après le final tétanisant de la saison 4 ?

6- La nostalgie : Code Quantum
Nostalgie d’un passé heureux, d’époques révolues… toutes ces émotions sont contenues dans la scène de Scott Bakula entonnant ‘Imagine’ à la guitare.

7- La tristesse : Ally McBeal

ally mcbeal
J’adorais cette série, John Cage et Barry White, et je ne me suis jamais vraiment remise de ce final émouvant mais si triste.

Si le coeur vous en dit et que vous vous sentez d’humeur taguesque, je vous passe le relais !

Unforgettable

Ce morceau m’a toujours fait chavirer le coeur… et il me donne envie de vite faire revenir Jensen dans mon histoire ^^

Bon long week-end à tous et bon courage aux travailleurs !

Unforgettable in every way
And forever more, that’s how you’ll stay
That’s why darling it’s incredible 
That someone so unforgettable
Thinks that I am unforgettable too

Atelier d’écriture chez Olivia : Première sortie

unehistoireEt hop, c’est reparti pour un atelier d’écriture, j’ai rattrapé le train en marche et voici ce qu’a donné la récolte de mots cette semaine chez Olivia : soutien – famille – convivial – repas – réunion – confrérie – confrontation – humilité – orgueil – arrogance – mépriser – morgue – autopsie – trouver – réponse

La consigne était la suivante : soit vous prenez tous les mots, soit vous n’en sélectionnez que cinq et vous ajoutez la consigne suivante : un des personnages doit dire « je n’aime pas la tiédeur des sentiments ».

Voici donc ma participation pour cette semaine. Previously on Honey/Cynthia’s story, le Docteur Moisan, ayant constaté que la mémoire de Cynthia revenait plus vite lorsqu’elle trichait avec son traitement, a décidé de lui faire confiance et de diminuer ses doses. Then… (désolée Olivia, je voulais faire revenir Jensen tout de suite mais les mots ne s’y prêtaient pas !).

‘Ce matin, Cynthia était assise, pensive, près de la fenêtre de sa chambre. On avait diminué la posologie de son traitement depuis trois jours et elle reprenait lentement contact avec ses sensations. Son cœur se réjouissait à nouveau du soleil qui se reflétait sur le lac et du chant des oiseaux dans le parc, sa notion du temps se faisait de plus en plus précise, et son impatience de revoir Jensen grandissait au fur et à mesure de son retour à elle-même. Ses cauchemars devenaient aussi plus oppressants, mais elle se gardait bien d’en parler au Docteur. Celui de cette nuit l’avait laissée pantelante et terrorisée, mais avec quelques respirations profondes elle avait réussi à retrouver un semblant de calme. Tout plutôt que de retrouver son espace intérieur gris et morne. Nuit après nuit, toujours ces flammes, ces cris… faute de les comprendre, elle tentait de s’y habituer et se disait que le moment venu, elle finirait bien par trouver des réponses.

Quelqu’un frappa à la porte, la sortant de ses sombres réflexions.

-Entrez.

C’était le Docteur Moisan.

-Bonjour Docteur.
-Bonjour Cynthia, comment allez-vous aujourd’hui ?
-Bien Docteur, bien mieux.
-Parfait. Nous sommes samedi, vos parents sont là. Ils m’ont demandé il y a quelques temps s’ils pouvaient vous amener chez eux le temps d’un repas. J’étais réticent jusque là mais comme je vous l’ai dit cette semaine, vous avez fait beaucoup de progrès et votre famille est impatiente de pouvoir vous apporter son soutien.

Une montée d’angoisse s’empara d’elle. Elle ne savait pas si elle était prête pour une confrontation avec le monde extérieur. Elle se sentait tellement à l’abri ici. Une maison de repos, comme on appelait sobrement la clinique des Bois Verts, n’était-elle pas la réunion de personnes souffrant de maux comparables aux siens ? Une confrérie presque conviviale où tout était mis en œuvre pour son bien-être ? Pourtant, aussi rassurante que pouvait être sa petite chambre blanche, elle ne pourrait pas y passer toute sa vie, elle en était consciente. Elle se reprit et répondit avec toute l’assurance dont elle était capable :

-Je suis sûre qu’ils vont beaucoup m’aider. Allons-y Docteur.

Papa et Maman attendaient dans le hall d’entrée. Comme à chacune de ses visites, Maman la serra très fort contre elle.

-Nous la ramènerons à 17h Docteur.
-Très bien, passez une bonne journée. En cas de problème, vous avez mon numéro de téléphone. Mais je suis sûr que tout ira bien, dit-il avec un sourire rassurant.

Cynthia monta à l’arrière de la Laguna de Papa et réalisa qu’elle allait retrouver le monde réel. Pour la première fois depuis deux mois, le paysage serait différent et ne serait plus figé, à l’image de celui qui défilait par les fenêtres de la voiture. Après vingt minutes de route, à l’approche du petit pavillon de banlieue de ses parents, elle reconnut le quartier, les rues et des flashs lui revinrent à l’esprit : le lycée tout proche, ses premières leçons de conduite… Puis la voiture s’arrêta devant la maison, la maison dans laquelle elle avait grandi. En descendant, Maman la regarda avec acuité, comme si elle voulait autopsier ses pensées.

-Oui Maman, je crois que je me souviens de la maison, lâcha Cynthia, alors que sa mère n’avait encore rien dit.
-C’est très bien, répondit Maman, les yeux humides. Viens on va entrer, l’intérieur ravivera peut-être d’autres souvenirs. Maya va bientôt arriver.

Cynthia entra dans la maison et se dirigea vers le salon. Un superbe chat sacré de Birmanie se tenait sur un des fauteuils, affichant un air orgueilleux et méprisant. Quand il aperçut Cynthia, il abandonna aussitôt sa morgue et son arrogance et se leva pour aller se frotter contre ses jambes avec humilité.

-Opale… murmura la jeune femme en prenant doucement l’animal dans ses bras.

Tenant la bête ronronnante contre sa poitrine, elle se promena dans la pièce et en étudia tous les détails en espérant en faire surgir des images du passé. Puis son regard fut attiré par la cheminée, et par les cadres qui y étaient placés. Ils étaient pleins de visages heureux et souriants, témoins d’époques plus légères. Elle reconnut Papa, Maman et Maya, mais les autres visages lui étaient pour la plupart inconnus ou très flous. Soudain, son cœur s’arrêta. Sur une photo de famille, un beau jeune homme au regard vert familier se tenait près d’elle. Elle n’en croyait pas ses yeux : c’était Jensen.’