Fatale

Grisante illusion de liberté
Sylphide évanescente
papillon toile araignéeDanse solaire et entêtante
De la divine créature céleste

Kaléidoscope majestueux
Somptueuse et cruelle prison
Les yeux attendent patiemment
Ne sont-ils pas nés pour cela ?

En un instant l’illusion se brise
Les fils d’argent se referment
La brise souffle dans les ailes poudrées
Emportant un léger nuage mordoré

Le papillon sera mort ce soir.

Le bruit du monde

Ce tumulte, mes oreilles et mon cœur en crèvent
Cent fois, mille fois, j’ai cru lire les mêmes phrases.
criPlus rien ne se crée, les mots reviennent sans fin
Telle une ronde menée par des êtres fantômes.

Etourdie par le vacarme, je n’entends plus,
Chaque cellule de mon être n’aspire qu’au silence
Le silence, seul endroit décent pour aller mal,
Où les coups de la douleur sont démultipliés
Mais paradoxalement plus doux, comme étouffés.

Plus rien n’existe que les grondements sourds
De la bête tapie, prête à bondir
Dans un torrent de fureur et de larmes.
Elle râle, sa plainte est lancinante
Et pourtant si belle dans sa mélancolie.

Que se passe-t-il quand le bruit du monde s’est tu ?
Finis les masques, les effets de manche,
Seulement l’angoisse d’une vie blanche
Et à l’intérieur, plus personne à qui dire ‘tu’.

Atelier d’écriture chez Asphodèle : la couleur du ciel

plumes asphodeleJ’ai un peu perdu le rythme des ateliers d’écriture, en autres parce que notre chère Olivia a fait une pause, mais l’histoire de Cynthia a malgré tout poursuivi son petit bonhomme de chemin.

Voici les mots chez Asphodèle cette semaine : mardi, nuage, mari, enfer, empyrée, céleste, horizon, lit, paradis, tempête, embellie, azur, atmosphère, étoile, tonnerre, mystérieux, septième, coin, vague, festoyer, feuillée, fable.

Previously on Cynthia’s story : Cynthia s’est souvenue de sa rencontre quatre ans plus tôt avec Tom, le pianiste du bar ‘Le Lapin Ecarlate’, où elle fêtait ses vingt ans avec sa soeur Maya et ses deux amies Cath et Julie. Ce soir-là, après des mois passés à fantasmer sur le musicien, qu’elle appelait Jensen, elle prend son courage à deux mains pour aller chanter avec lui et ils passent une merveilleuse soirée. Then…

‘Cynthia était assise sur son petit lit blanc, encore hantée par la vague de réminiscences qui l’avait submergée au réveil. Son mystérieux Jensen s’appelait donc Tom et elle avait selon toute vraisemblance eu une aventure amoureuse avec lui. Elle vibrait encore au souvenir de l’atmosphère magique de leur première rencontre. Tom comme un Dieu descendant de l’empyrée, comme l’acteur adulé surgissant de l’écran pour étreindre sa spectatrice transie, l’emmener au septième ciel et remplir ses yeux d’étoiles.
Les recoins oubliés de sa mémoire commençaient à s’éclairer, comme la voûte céleste retrouvant progressivement sa couleur azur après l’orage. Les nuages de son amnésie se dissipaient peu à peu et elle parvenait péniblement à en écarter les voiles. Pourtant, elle ne savait pas si elle devait se réjouir de cette embellie. Qui sait ce qu’elle finirait par découvrir dans les méandres de son esprit ? L’enfer après le paradis, le tonnerre après la brève éclaircie ?

Cynthia était perdue dans le tourbillon de ces pensées, le regard perdu à l’horizon. Elle écoutait distraitement les pépiements d’une nichée d’oisillons qui festoyait dans la feuillée qui se trouvait près de sa fenêtre, quand on frappa à la porte. On était mardi, c’était le jour de la visite de Maya. Elle entra dans la chambre et embrassa sa sœur.

-Bonjour Cynth, comment vas-tu aujourd’hui ?
-Bonjour Maya, je suis contente de te voir. A la vérité je ne sais pas trop, des images me sont revenues ce matin, mais j’ai du mal à savoir ce que je dois en penser. Est-ce que le nom de Tom te dit quelque chose ? Je crois que je me souviens de notre rencontre au Lapin Ecarlate, je l’ai aussi vu sur une photo chez Papa et Maman, mais il n’est jamais venu me voir ici. On s’est peut-être séparés depuis ?

Maya pâlit à la question qui venait de lui être posée et ne savait comment y répondre.

-Je ne vais pas te raconter de fable, Cynth. Tom allait être ton mari.’

Et pour ceux que ça intéresse, voici le passage précédent, qui raconte la rencontre de Cynthia et Tom :  Lire la suite

Atelier d’écriture chez Asphodèle : Le retour de Jensen

Jensen3Les semaines et les récoltes de mots se suivent. Sur le thème de la métamorphose, voici le résultat chez Asphodèle pour aujourd’hui (nous avons échappé de peu à ‘cloporte’, alléluia ! ^^) : changement, incrédule, papillon, chenille, évolution, climat, déguiser, magie, transformation, grossesse, adolescence, éclosion, cafard, majestueux, amour, éphémère, éperdu, envol, travesti. Je ne sais pas si on avait le droit mais j’ai pour ma part laissé ‘grossesse’ de côté, et j’ai poursuivi l’histoire de Honey/Cynthia.

Previously… Cynthia avait reconnu Jensen sur une photo de famille chez ses parents, ce qui manque de lui provoquer une crise de panique, qu’elle réussit à juguler tant bien que mal. Elle passe malgré tout une journée détendue et agréable, même si une question obsédante, qu’elle n’ose pas poser, ne quitte pas son esprit : qui est Jensen ? Then…

‘Travesty Moonlight venait de terminer son tour de chant. Il était l’heure pour Honey d’entrer sur scène. Depuis l’arrière-salle du Red Bunny, son regard incrédule balayait le bar : Jensen n’était pas là. Elle maudissait Luke d’avoir interrompu leur conversation hier soir, alors que la partie était presque gagnée. Cela lui avait valu une soirée de cafard à broyer du noir, seule avec son verre et ses cigarettes.
Elle s’était fait plus belle, plus séduisante et vénéneuse que jamais, parce qu’elle avait décidé que ce soir serait LE soir. Elle portait une robe fourreau en satin pourpre qui épousait à merveille ses formes à la fois graciles et pulpeuses. Sa chevelure rousse soigneusement arrangée se répandait en vagues sur ses épaules menues, encadrant un visage fin au teint pâle, que soulignait un rouge à lèvres flamboyant. Quand Honey se muait en femme fatale, le changement était saisissant. Transformation de l’éphémère chenille fragile, éclosion et envol du papillon éclatant et majestueux. Elle ressemblait à Rita Hayworth.
rita hayworth
Après un dernier coup d’oeil, elle se résolut, avec une pointe de déception, à monter sur scène et à entamer son show. A la contrebasse, elle croisa le regard subjugué de Luke, auquel elle répondit par une moue indifférente. Tant que la chasse ne serait pas terminée, aucun autre homme que Jensen ne trouverait grâce à ses yeux. Sa voix, d’ordinaire enveloppante et hypnotique, n’avait pas de cible ce soir et c’est sans âme qu’elle égrena son répertoire. Une heure plus tard, à l’approche de la dernière chanson, qui annonçait aussi la fermeture imminente du Red Bunny, la porte d’entrée s’ouvrit et Honey retint son souffle. Elle avait senti sa présence et sa voix se régénéra comme par magie. Soudain, le climat de la soirée n’était plus à la grisaille monotone et la température monta imperceptiblement.
Jensen.
Vêtu de son habituel manteau gris, le visage tapi dans l’ombre de son feutre, il venait d’électriser l’atmosphère du Red Bunny. Il avança dans la salle, commanda son whisky, mais au lieu de s’installer au comptoir comme tous les soirs, il se dirigea tout droit vers la scène en ôtant son manteau. Honey finissait de chanter Devil in disguise, un morceau d’Elvis dont elle avait créé une version piano-voix sensuelle et langoureuse.
Sans la quitter des yeux, Jensen glissa quelques mots à l’oreille du pianiste et s’installa devant l’instrument lorsqu’il eut terminé. Bien qu’elle cherchât à le cacher par un air qui se voulait distant, l’excitation de Honey était à son comble : Jensen allait l’accompagner. Jensen2Quand il entama les premières notes du Unforgettable de Nat King Cole, sa gorge se noua : c’était sa chanson fétiche, celle qu’elle emmenait avec elle de scène en scène, celle qui coulait de ses cordes vocales aussi naturellement qu’un rayon de miel. S’approchant du piano et plongeant son regard dans les yeux verts de Jensen, elle la chanta comme si c’était la première fois. Les douces volutes de la mélodie laissaient déjà entrevoir les délices de la nuit à venir et la fièvre s’insinua en elle au fil des paroles.

-Vous étiez en retard ce soir, lui glissa-t-elle d’un ton de reproche, lorsque la musique s’arrêta.
-J’étais à l’heure pour le clou du spectacle. Je vous raccompagne ?

Honey attrapa sa cape noire, que Jensen lui mit sur les épaules, et alluma une cigarette en sortant du Red Bunny. Son appartement était à quelques rues de là. Ils marchaient depuis quelques minutes en silence quand Honey le questionna :

-Qui êtes-vous, Jensen ? Vous semblez en savoir beaucoup sur moi et je ne sais rien de vous.
-Ne posez pas de questions dont vous n’aimeriez pas connaître les réponses, Honey. Savourez le clair de lune et la douceur de la nuit.

Quelques dizaines de mètres plus loin, ils arrivèrent à son appartement, un petit deux-pièces coquet au premier étage, à dominante orange et rouge.

Jensen4-Je vous sers un verre ? demanda-elle en entrant.

Sans répondre, Jensen posa son manteau et son feutre et enleva la cape de Honey. Puis il fit pivoter délicatement les épaules de la jeune femme et l’attira à lui. Honey faillit défaillir lorsque ses lèvres se posèrent sur les siennes. C’était elle qui, habituellement, faisait perdre la tête aux hommes, mais ce soir il y avait une évolution, un bris dans les habitudes : elle sentait qu’elle perdait le contrôle. Son cœur était enflammé comme celui d’une adolescente, ses baisers étaient trop éperdus, ses mains trop fébriles. Jensen avait pris le pouvoir.
Il fit glisser sa robe, la prit dans ses bras et l’emmena dans la chambre. Il l’allongea sur les draps de soie violets et ils firent l’amour exactement comme Honey l’avait imaginé. Elle savait déjà ses gestes, son parfum vanillé, le léger goût sucré de sa peau, leurs souffles mêlés, la chorégraphie de leurs corps. Et lentement, ses larmes se mirent à couler.’

Atelier d’écriture chez Olivia : Première sortie

unehistoireEt hop, c’est reparti pour un atelier d’écriture, j’ai rattrapé le train en marche et voici ce qu’a donné la récolte de mots cette semaine chez Olivia : soutien – famille – convivial – repas – réunion – confrérie – confrontation – humilité – orgueil – arrogance – mépriser – morgue – autopsie – trouver – réponse

La consigne était la suivante : soit vous prenez tous les mots, soit vous n’en sélectionnez que cinq et vous ajoutez la consigne suivante : un des personnages doit dire « je n’aime pas la tiédeur des sentiments ».

Voici donc ma participation pour cette semaine. Previously on Honey/Cynthia’s story, le Docteur Moisan, ayant constaté que la mémoire de Cynthia revenait plus vite lorsqu’elle trichait avec son traitement, a décidé de lui faire confiance et de diminuer ses doses. Then… (désolée Olivia, je voulais faire revenir Jensen tout de suite mais les mots ne s’y prêtaient pas !).

‘Ce matin, Cynthia était assise, pensive, près de la fenêtre de sa chambre. On avait diminué la posologie de son traitement depuis trois jours et elle reprenait lentement contact avec ses sensations. Son cœur se réjouissait à nouveau du soleil qui se reflétait sur le lac et du chant des oiseaux dans le parc, sa notion du temps se faisait de plus en plus précise, et son impatience de revoir Jensen grandissait au fur et à mesure de son retour à elle-même. Ses cauchemars devenaient aussi plus oppressants, mais elle se gardait bien d’en parler au Docteur. Celui de cette nuit l’avait laissée pantelante et terrorisée, mais avec quelques respirations profondes elle avait réussi à retrouver un semblant de calme. Tout plutôt que de retrouver son espace intérieur gris et morne. Nuit après nuit, toujours ces flammes, ces cris… faute de les comprendre, elle tentait de s’y habituer et se disait que le moment venu, elle finirait bien par trouver des réponses.

Quelqu’un frappa à la porte, la sortant de ses sombres réflexions.

-Entrez.

C’était le Docteur Moisan.

-Bonjour Docteur.
-Bonjour Cynthia, comment allez-vous aujourd’hui ?
-Bien Docteur, bien mieux.
-Parfait. Nous sommes samedi, vos parents sont là. Ils m’ont demandé il y a quelques temps s’ils pouvaient vous amener chez eux le temps d’un repas. J’étais réticent jusque là mais comme je vous l’ai dit cette semaine, vous avez fait beaucoup de progrès et votre famille est impatiente de pouvoir vous apporter son soutien.

Une montée d’angoisse s’empara d’elle. Elle ne savait pas si elle était prête pour une confrontation avec le monde extérieur. Elle se sentait tellement à l’abri ici. Une maison de repos, comme on appelait sobrement la clinique des Bois Verts, n’était-elle pas la réunion de personnes souffrant de maux comparables aux siens ? Une confrérie presque conviviale où tout était mis en œuvre pour son bien-être ? Pourtant, aussi rassurante que pouvait être sa petite chambre blanche, elle ne pourrait pas y passer toute sa vie, elle en était consciente. Elle se reprit et répondit avec toute l’assurance dont elle était capable :

-Je suis sûre qu’ils vont beaucoup m’aider. Allons-y Docteur.

Papa et Maman attendaient dans le hall d’entrée. Comme à chacune de ses visites, Maman la serra très fort contre elle.

-Nous la ramènerons à 17h Docteur.
-Très bien, passez une bonne journée. En cas de problème, vous avez mon numéro de téléphone. Mais je suis sûr que tout ira bien, dit-il avec un sourire rassurant.

Cynthia monta à l’arrière de la Laguna de Papa et réalisa qu’elle allait retrouver le monde réel. Pour la première fois depuis deux mois, le paysage serait différent et ne serait plus figé, à l’image de celui qui défilait par les fenêtres de la voiture. Après vingt minutes de route, à l’approche du petit pavillon de banlieue de ses parents, elle reconnut le quartier, les rues et des flashs lui revinrent à l’esprit : le lycée tout proche, ses premières leçons de conduite… Puis la voiture s’arrêta devant la maison, la maison dans laquelle elle avait grandi. En descendant, Maman la regarda avec acuité, comme si elle voulait autopsier ses pensées.

-Oui Maman, je crois que je me souviens de la maison, lâcha Cynthia, alors que sa mère n’avait encore rien dit.
-C’est très bien, répondit Maman, les yeux humides. Viens on va entrer, l’intérieur ravivera peut-être d’autres souvenirs. Maya va bientôt arriver.

Cynthia entra dans la maison et se dirigea vers le salon. Un superbe chat sacré de Birmanie se tenait sur un des fauteuils, affichant un air orgueilleux et méprisant. Quand il aperçut Cynthia, il abandonna aussitôt sa morgue et son arrogance et se leva pour aller se frotter contre ses jambes avec humilité.

-Opale… murmura la jeune femme en prenant doucement l’animal dans ses bras.

Tenant la bête ronronnante contre sa poitrine, elle se promena dans la pièce et en étudia tous les détails en espérant en faire surgir des images du passé. Puis son regard fut attiré par la cheminée, et par les cadres qui y étaient placés. Ils étaient pleins de visages heureux et souriants, témoins d’époques plus légères. Elle reconnut Papa, Maman et Maya, mais les autres visages lui étaient pour la plupart inconnus ou très flous. Soudain, son cœur s’arrêta. Sur une photo de famille, un beau jeune homme au regard vert familier se tenait près d’elle. Elle n’en croyait pas ses yeux : c’était Jensen.’

Atelier d’écriture chez Olivia : Entrevue près du lac

unehistoireCette semaine, le moins qu’on puisse dire c’est je suis totalement hors délai pour l’atelier d’écriture chez Olivia ! Mais tant pis, j’ai joué quand même en mettant à profit mes trois heures de train de Marseille à Paris.

Voici donc les mots qu’il fallait placer : éclairage – clarté – lampadaire – attente – rendez-vous – quand – bientôt – demain – jour – nuit – aube – début. Contrainte facultative : soit vous prenez tous les mots, soit vous n’en sélectionnez que cinq et vous ajoutez la consigne suivante : le lieu de l’action doit être au bord d’un lac.

‘-Cynthia, vos parents sont là. Vous allez prendre vos médicaments avant d’aller les voir. Devant moi. Je ne veux pas que ça se passe comme il y a quinze jours, vous vous souvenez ? Vous avez fait peur aux autres patients et vous avez mordu une infirmière. Si une telle chose se reproduit, je serai forcé de vous interdire les sorties dans le parc.

Cynthia s’exécuta sans opposer de résistance. Pourtant Dieu sait qu’elle abhorrait la léthargie dans laquelle la plongeaient ses comprimés, cette absence totale de sentiments, comme si chacune de ses terminaisons nerveuses était étouffée dans du coton. Ce traitement lui faisait perdre la notion du temps et elle avait l’impression d’évoluer dans un univers sans relief, sans couleur, sans goût. Finalement, elle préférait mille fois cette douleur fulgurante qui la frappait parfois sans prévenir à ce désert… et à l’absence de Jensen. Deux semaines plus tôt, la crise qu’évoquait le Docteur avait été telle qu’un cri primal et sauvage, qu’elle n’avait pu retenir, s’était échappé d’elle et lui avait fait perdre complètement le contrôle. Elle revit le visage épouvanté de sa mère, entendit les cris d’effroi autour d’elle, jusqu’à ce que les infirmières la maîtrisent et lui administrent une dose qui l’avait terrassée en quelques secondes et dont l’effet lui avait semblé durer une vie entière.

-Venez, je vous emmène dans le parc. Vos parents vous attendent au bord du lac. Je compte sur vous pour que tout se passe bien. Nous nous verrons ensuite pour notre rendez-vous hebdomadaire.

Cynthia jeta un œil rapide par la fenêtre et aperçut ses parents au loin. La clarté de cette fin d’après-midi lui semblait étrange, cotonneuse, presque triste, si différente des lumières naissantes de l’aube, porteuse des espoirs du jour, qu’elle contemplait chaque matin. A moins que ce ne soit l’effet des médicaments et l’éclairage gris et terne qu’ils apportaient à son quotidien, le début de la léthargie tant redoutée qui la précipitait dans sa nuit intérieure. Puis le Docteur la prit par le bras pour l’accompagner dehors.

-Bonjour ma chérie, comment vas-tu aujourd’hui ? lui demanda sa mère en la serrant contre elle.

Cynthia avait du mal à supporter les efforts visibles que sa mère faisait pour paraître badine, et les larmes qui menaçaient à tout moment de jaillir de ses yeux. Les premiers temps de son arrivée, elle ne l’avait pas reconnue. Tous ses souvenirs étaient comme un amas informe qu’elle n’arrivait plus à déchiffrer. Les noms et les visages s’entrechoquaient dans sa tête sans parvenir à se montrer distinctement à sa conscience. Petit à petit, le puzzle s’assemblait de nouveau, des bribes de son histoire refaisant surface de manière lente et erratique. Elle n’aurait même pas su dire depuis combien de temps elle était là, ni pourquoi. Elle avait d’abord reconnu sa sœur Maya, sa mère, puis son père. Lire la souffrance, puis la pitié, sur ces visages aimés lui avait causé un choc, d’autant plus qu’elle n’arrivait pas à se souvenir de ce qui les avait causés. Malgré ses suppliques, Maman refusait d’en parler. Elle disait que le Docteur Moisan voulait qu’elle se souvienne toute seule, que c’était important. Ce qui provoquait sa colère, du moins quand les médicaments ne l’avalaient pas avant qu’elle n’ait eu une chance de se manifester.

-Maman, quand vais-je pouvoir sortir d’ici ? Demain ? Dans dix ans ? hurlait-elle.
-Bientôt ma chérie, disait inlassablement Maman. Le Docteur dit que tu fais beaucoup de progrès, que ta mémoire revient. Il ne faut pas aller trop vite, il ne faut rien forcer si tu ne peux pas encore te souvenir…

Mais aujourd’hui, Cynthia se sentait plus résignée que d’habitude.

-Ca va, Maman, répondit-elle d’une voix morne.

Puis elle se tut. Elle contempla le lac et écouta la voix de Maman qui se faisait lointaine. Comme à chacune de ses visites, cette dernière lui parla de personnes dont le souvenir lui revenait parfois, lui dit qu’elle manquait à tout le monde et qu’elle avait hâte d’organiser la grande fête de son retour à la maison. Papa quant à lui resta silencieux. Il était dérouté par la nouvelle Cynthia et ne reconnaissait plus sa fille dans ce petit être recroquevillé et fragile au comportement imprévisible. Il l’aimait toujours, bien sûr, mais il n’arrivait pas à trouver les mots justes, aussi il se contentait d’être présent. Malgré son mutisme, son attitude était en fin de compte beaucoup plus supportable pour Cynthia que celle de Maman, et les échanges silencieux qu’elle avait avec lui lui apportaient au fond plus de réconfort. Au bout d’un certain temps, le soleil se mit à baisser à l’horizon. Les éclairages et les lampadaires du parc n’allaient pas tarder à s’allumer. Elle interrompit alors le bavardage de Maman.

-Je suis fatiguée Maman, et je commence à avoir froid. Je voudrais rentrer.

Le Docteur Moisan arriva à ce moment-là avec une infirmière.

-Madame et Monsieur Lavoie, je vais devoir vous enlever votre fille, c’est l’heure. Cynthia, Sylvie va vous raccompagner dans votre chambre, j’ai un mot à dire à vos parents, je vous rejoins dans quelques minutes pour notre entretien.

Elle dit au revoir à ses parents, détourna rapidement le regard pour ne pas voir les larmes imminentes dans les yeux de Maman et suivit docilement l’infirmière.’

Atelier d’écriture de la semaine : Rébellion

jensen ackles untouchables 4

La semaine a été intense et j’ai eu peu de temps pour venir poster et surtout lire vos billets, je m’en excuse. Hier, les mots de la collecte chez Asphodèle ne m’ont pas, mais alors pas du tout inspirée, alors pour la peine, j’ai opté pour la rébellion et l’atelier perso. Bon ok, dans ce cas ce n’est pas vraiment un atelier, juste l’accouchement d’une histoire qui m’a obsédée toute la journée d’hier.

Voilà donc mon bébé du jour 🙂

‘Il était encore là ce soir. Honey l’avait repéré dès qu’elle était entrée sur scène. Il passait quasiment toutes ses soirées au Red Bunny. Un manteau gris anthracite sur un costume noir, un feutre masquant à moitié son visage. Face à son whisky, les yeux perdus dans le vide, il ne parlait jamais à personne. Honey se plaisait à croire qu’il venait pour l’écouter chanter, il lui semblait même avoir croisé son regard il y a quelques jours. Il était beau et son air sombre ajoutait à l’aura de mystère qui l’entourait. Les yeux verts, le nez fin, les lèvres gourmandes, de celles qui attirent les baisers brûlants.

Elle s’était tout imaginé à son propos : était-il un détective privé en filature ? Un agent secret ? Un homme d’affaires débordé ? Elle s’était vue des centaines de fois rentrer avec lui un soir et passer une nuit d’amour silencieuse et passionnée, où seuls leurs souffles auraient battu la mesure de leurs ébats.

jensen ackles untouchablesCe soir, sans doute possible, il la regardait. Pour lui, elle se montrait plus sensuelle que jamais, le grain de sa voix se faisait velours et semblait vouloir l’envelopper de sa caresse. Tout à l’heure, après son show elle irait lui parler. Elle se donnerait une contenance en fumant ses menthols au porte-cigarettes. Elle le vamperait pour le faire tomber dans ses filets. Il semblait inaccessible mais tous les hommes succombaient au charme vénéneux de Honey Malone, alors pourquoi pas lui ? Et ce soir il la regardait. Et c’est pour lui qu’elle chantait.

Après le dernier morceau, elle glissa un mot de remerciement à l’oreille des musiciens et jeta de façon ostensible un regard appuyé à Luke, le bassiste qui en pinçait pour elle. Puis elle attrapa son porte-cigarettes, descendit de la scène et se dirigea vers lui avec une démarche chaloupée et provocante. Honey était en chasse, le désir à l’affût. Il ne l’avait pas quittée des yeux.

-Bonsoir, vous auriez du feu ? lui demanda-t-elle d’une voix suave.

Sans lui répondre, il sortit son briquet et alluma sa cigarette.

-Un whisky on the rocks pour la demoiselle, lança-t-il à l’adresse du barman.

Il connaissait déjà ses goûts. Honey savait qu’elle avait gagné, la conquête avait presque été trop facile.

-Et qui Honey doit-elle remercier ?
-Jensen.
-Jensen… ? demanda-t-elle en suspendant son nom dans les airs.
-Juste Jensen.

-Cynthia ?

Elle tourna lentement la tête. Une blouse blanche, voilà qui tranchait de façon désagréable avec le costume noir sexy. Elle ne répondit pas et resta de marbre, debout près de la fenêtre de sa chambre immaculée.

-Cynthia, vous avez encore caché vos comprimés sous votre oreiller hier, ce n’est pas bien. Vous savez ce qui se passe quand vous ne prenez pas vos médicaments. Je vais être dans l’obligation d’être plus ferme avec vous si vous ne coopérez pas.

Oui, elle savait ce qui passait quand elle ne prenait pas ses médicaments. Elle tourna de nouveau la tête et aperçut Jensen. Il remettait son feutre et son manteau et s’apprêtait à quitter le Red Bunny. Il lui fit un signe de la tête et s’éloigna. Elle le regarda sortir du bar alors que la voix lascive de Lana Del Rey entonnait encore ‘I love you Honey… I’m ready I’m ready to go…’. Elle était presque en prison mais elle avait droit à la musique, grâce à laquelle elle se créait sa propre liberté. Un sourire naquit sur ses lèvres, car elle savait qu’il reviendrait.’

L’atelier d’écriture chez Olivia : Ariane se révèle

unehistoireVoici le résultat de la récolte des mots chez Olivia cette semaine : sagesse – proverbe – absolument – subtil – vieillesse – ennemie – adversaire – jeu – échecs – fiasco – erreur – accepter – joie – plaisir – offrir.

Le passage ci-dessous était déjà écrit, j’y ai donc inséré les mots, à ma manière comme chaque semaine. Désolée par avance car il est un peu long. Donc previously on Ariane’s story : Millie vient de retrouver Ariane, son amie de lycée, à la fac, et découvre qu’elle y mène des études de théâtre. Elle se souvient alors que six ans plus tôt, la pièce Cyrano de Bergerac s’était montée dans leur classe de seconde. Son professeur de français avait insisté pour qu’elle passe l’audition pour le rôle de Roxane et Ariane l’avait aidée à répéter. Then…

‘Je ne dormis presque pas de la nuit. Roxane. C’était presque trop beau pour être vrai. Le lendemain matin, je me levai comme un polichinelle de mon lit pour aller au lycée. Le trois heures de devoir surveillé de français, sur le thème de la sagesse dans les proverbes, me parurent une éternité. En sortant à 11h30, Ariane me demanda :
– Ca va, pas trop stressée pour tout à l’heure ?
– Si, je suis à deux doigts de m’évanouir ! On déjeune ensemble ce midi ?
– Oui, avec plaisir, viens à la maison. Ma mère n’est pas là et il doit y avoir des restes de lasagnes dans le frigo.

L’appartement de la mère d’Ariane était à cinq minutes à pied. C’était un vieil immeuble sans ascenseur et elles habitaient au premier. Nous entrâmes et Ariane se dirigea vers la cuisine pour aller réchauffer le repas. Pendant que nous déjeunions, elle m’offrit un panaché, puis lâcha d’un air embarrassé :
– Il faut que je te dise quelque chose, Millie. Après ta répétition d’hier, j’ai décidé de passer aussi l’audition. C’est quand même le rôle de Roxane, tu vois… Mais avant de le faire, je voulais être sûre que ça ne te dérange pas.

La surprise m’ôta les mots de la bouche et je repensai à sa performance subtile et étonnante de la veille.
– Eh bien… euh non… ça ne me dérange pas… absolument pas, balbutiai-je. Après tout, c’est le jeu, l’audition est ouverte à tout le monde. Et si on loupe Roxane, on pourra toujours essayer de choper le rôle de la vieille duègne ou d’une bonne sœur, m’efforçai-je de dire d’un ton détaché qui se voulait joyeux.

Lorsque vint l’heure de retourner au lycée, j’étais encore plus stressée. Non seulement j’allais auditionner pour le rôle de ma vie, mais en plus ma meilleure amie serait mon adversaire, devrais-je dire mon ennemie ? Je n’aimais pas vraiment la tournure que prenaient les choses. Nous arrivâmes dans la salle de l’Aumônerie à 14h pile. M. Loupiot était déjà arrivé et de nombreux élèves de toutes les classes de seconde étaient déjà présents. Il attendit encore quelques minutes et annonça :
– Vous savez que le rôle de Cyrano est déjà attribué à Sylvain Cadier, puisqu’il est le seul à s’être présenté. C’est vrai qu’assumer un rôle de mille quatre cents vers n’est pas donné à tout le monde ! Nous allons donc auditionner pour tous les autres rôles aujourd’hui. A commencer par les rôles féminins, puisqu’il y en a très peu dans la pièce, nous choisirons ensuite tous les rôles masculins, et nous finirons par celui de Roxane.

Je m’écroulai intérieurement. Puisque tous les rôles allaient être attribués avant celui de Roxane, je compris que si je ne l’obtenais pas, je n’aurais aucun rôle dans la pièce. Les auditions durèrent des heures, et même si Ariane me glissait une bonne blague de temps en temps au creux de l’oreille, je me décomposai de minute en minute. Quand vint enfin notre tour – nous étions quatre à briguer le rôle – j’étais en état de tout sauf d’auditionner.
– Mais, puisqu’il est cruel, vous fûtes sot de ne pas, cet amour, l’étouffer au berceau !

J’entendis ma voix, trop aiguë, trop tremblante et je sus, alors même que je récitai encore les vers, que c’était fichu. Un vrai fiasco. Quand je revins à ma place, Ariane me chuchota à l’oreille « Millie, tu es la meilleure ». Les deux autres candidates passèrent à leur tour mais je n’entendais plus rien. Puis vint le tour d’Ariane. Comme la veille, elle se transfigura et récita les vers avec une fluidité et un talent que je ne lui connaissais pas et qui fit taire toute la salle. A la fin de la tirade, M. Loupiot, soufflé comme nous tous par sa prestation inattendue, reprit la parole :
– Nous avons désormais tous nos personnages et je dois maintenant faire un choix pour Roxane. Mesdemoiselles, merci beaucoup pour votre présence et votre courage. Mais pour la pièce, après ce que je viens de voir et d’entendre, je vais attribuer le rôle de Roxane à Ariane. Merci encore à vous tous. A tous ceux qui font désormais partie de la pièce, je vous donne rendez-vous mercredi prochain à 14h pour le planning et l’organisation.

Nous sortîmes tous lentement de la salle. Je ne savais pas trop comment réagir, je me devais d’être heureuse pour Ariane mais en réalité j’étais effondrée par mon échec. Me présenter à cette audition avait été une véritable erreur. Je tentai de la féliciter en gardant un semblant de contenance, puis j’inventai une excuse incompréhensible pour rentrer le plus vite possible à la maison. Je pris le bus et en arrivant chez moi, l’appartement était vide. Mes parents ne rentreraient pas avant au moins une heure, ce qui me laissait une heure entière pour pleurer tout mon saoûl.

Pendant les semaines qui suivirent, Ariane et moi fîmes comme si de rien n’était, continuant à rire de tout et à nous repaître de livres et d’histoires. Simplement, nous évitions soigneusement d’évoquer le sujet de la pièce. Seuls les mercredis après-midis, que nous passions jadis ensemble, et qu’Ariane passait désormais à répéter, étaient la preuve que quelque chose avait changé entre nous. M. Loupiot m’avait demandé si je n’avais pas été trop déçue et s’était excusé de son choix. Je lui avais répondu nonchalamment qu’Ariane était à l’évidence la meilleure et que le rôle aurait sans doute été trop difficile pour moi de toute façon. Et j’avais pleuré dans les toilettes en sortant.’

Atelier d’écriture chez Asphodèle : Retrouvailles

plumes asphodeleVoici les résultats de la récolte de mots cette semaine chez Miss Aspho : voiture, rue, immeuble, abeille, théâtre, anonymat, animation, pavé, visite, parc, bitume, bus, fuite, flâner, embouteillages, urbain, gare, cohue, chuter, constant, hôpital.

Ils s’intégraient très bien dans le texte que j’avais l’intention d’écrire pour l’histoire d’Ariane et de Millie, et comme d’habitude j’ai légèrement triché sur la forme de certains mots, mais chuuuut…

Donc, previously on Ariane’s story (que j’ai écrite mais pas publiée) : alors que Millie sort d’un cours à la Sorbonne, elle tombe nez à nez avec son amie de lycée Ariane qu’elle n’a pas revue depuis des années.

‘Nos sacs-déjeuner à la main, nous marchions tranquillement sur le boulevard Saint-Michel en direction du jardin du Luxembourg. Le soleil était radieux, l’air était doux, un vrai avant-goût d’été, ce qui tranchait de façon très agréable avec le printemps pluvieux et les brusques chutes de température que nous avions subis cette année. J’espérais que cela annonçait un été digne de ce nom, d’autant plus que je n’avais pas prévu de partir en vacances cette année, maigres finances obligent.

Quand nous quittâmes les immeubles pour pénétrer dans l’enceinte du parc, le ballet constant des voitures et des bus coincés dans les embouteillages, pourtant tout proche, devint à peine perceptible. L’animation de la rue et la cohue de parisiens anonymes et pressés firent place au chant des oiseaux et au discret bourdonnement des abeilles. Les allées de sable et les pelouses remplacèrent le bitume et les pavés.

Ces incursions hors de l’univers urbain, comme le parc Monceau ou le Jardin des plantes, au bout du boulevard de l’Hôpital, sont de véritables petits miracles à Paris, une fuite salutaire vers des havres de paix inattendus : difficile d’imaginer, dans ces oasis, que se trouve souvent à deux pas une gare de RER bondée et que s’étend juste sous nos pieds la fourmilière du réseau du métro.

Je n’en revenais pas d’être là en train de flâner avec Ariane, elle et moi en visite dans un jardin parisien comme nous l’avions si souvent fait quand nous étions au lycée… Après toutes ces années où je n’avais eu aucune nouvelle d’elle, je savourais sa présence à mes côtés tout autant que la brise tiède qui se glissait sous ma robe et caressait mes jambes. Malgré tout, même si je ne voulais pas y penser à cet instant, la vraie raison qui avait fini par nous éloigner me revint à l’esprit avec un pincement au coeur.
– Alors comme ça, tu fais des études de théâtre ? finis-je par lui demander.

Un silence gêné s’installa entre nous.’

Atelier d’écriture chez Olivia : Pluie d’été

unehistoireLes ateliers se suivent… et les mots de la semaine chez Olivia étaient : élégance – prestance – raffinement – cruauté – barbarie – orgue – cathédrale – gargouille – gouttière – pluie – mousson – alizés – moiteur – douce – laine

Avec la consigne facultative suivante : commencer le texte par la lettre A et le terminer par la lettre Z.

Voici donc ma participation pour cette semaine :

‘Ariane et moi étions à peine sorties du café qu’une pluie tiède, digne d’une mousson asiatique, se mit à tomber à seaux. Essayant tant bien que mal de nous abriter sous nos vestes légères, nous passâmes en courant devant Notre-Dame. La cathédrale me parut encore plus majestueuse sous le ciel déchaîné, et ses gargouilles plus grimaçantes que jamais.
Trempées jusqu’aux os, nous nous engouffrâmes dans la station de métro. La chaleur de ce mois d’août, mêlée à l’humidité du jour, créait une moiteur parfaitement détestable et l’idée de s’entasser dans la rame dans ces conditions ne me disait rien du tout.
Vingt minutes de trajet en apnée et deux changements de ligne plus tard, nous finîmes par sortir de terre. La pluie tombait toujours et le point d’orgue de la colère céleste fut atteint lorsqu’un énorme coup de tonnerre retentit. Nous n’étions plus qu’à quelques dizaines de mètres de l’entrée de l’immeuble d’Ariane. Espérant une vague accalmie, nous fîmes une pause sous un porche avec deux chats de gouttière qui fuyaient eux aussi l’averse, ce qui ne les empêchait pas de se cracher dessus d’un air barbare. D’une fenêtre ouverte dans la cour intérieure attenante au porche, s’échappait le ‘Moi… Lolita’ d’Alizée. En nous regardant l’une l’autre et fredonnant ‘C’est pas ma fauteeeee…’, nous nous mîmes à pouffer devant notre allure misérable : cheveux dégoulinants, maquillage sinistre, vêtements collés au corps.

Malgré sa robe beige toute simple et son gilet de laine tout mouillés, Ariane n’avait rien perdu de son élégance, ni de sa prestance. Elle affichait un charme et un raffinement naturels qui transpiraient d’elle même lorsqu’elle n’était pas censée être à son avantage. Cette douce beauté et ce visage ravissant étaient pourtant trompeurs. Je savais, moi, que sous ce masque se cachait un être ambigu capable de la tendresse la plus absolue comme de véritable cruauté, dont nombre d’hommes avaient fait les frais.
Je m’interrompis dans la contemplation de mon amie quand je remarquai que la pluie se faisait plus éparse. Je sortis alors la tête du porche et scrutai le ciel :
– On a deux minutes pour arriver jusqu’à chez toi avant de se reprendre une saucée, lançai-je. On y va, allez !’