Mes retrouvailles avec Les Hauts de Hurle-Vent

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Cette citation des Hauts de Hurle-Vent d’Emily Brontë, sur laquelle je suis tombée ce matin, m’a donné envie de revenir sur ce roman hors catégorie, un des plus importants de la littérature anglaise du XIXème siècle. Ayant été très marquée par l’ouvrage dans mon adolescence (je l’ai lu pour la première fois en 5ème), j’ai voulu le relire récemment pour me remémorer pourquoi.

L’histoire : Les Hauts de Hurle-Vent sont des terres balayées par les vents du nord. Une famille y vivait, heureuse, quand un jeune bohémien attira le malheur. Mr. Earnshaw avait adopté et aimé Heathcliff. Mais ses enfants l’ont méprisé. Cachant son amour pour Catherine, la fille de son bienfaiteur, Heathcliff prépare une vengeance diabolique. Il s’approprie la fortune de la famille et réduit les héritiers en esclavage. La malédiction pèsera sur toute la descendance jusqu’au jour où la fille de Catherine aimera à son tour un être misérable et fruste. (Source : 4ème de couverture)

Une chose est sûre : ma relecture m’a montré à quel point j’avais oublié, à quel point le souvenir que j’avais de ce livre était devenu diffus. C’est donc avec bonheur que j’ai retrouvé les landes froides et pluvieuses, battues par le vent. Avec surprise que je me suis replongée dans cette ambiance sombre et violente. Avec délice que j’ai refait connaissance avec cette galerie de personnages sans juste milieu, rudes et âpres ou bien d’une tiédeur frôlant l’insupportable, flirtant tous plus ou moins avec la folie.

Surtout, j’ai revécu avec Catherine et Heathcliff leur passion hors du commun. Hors du commun car l’histoire de ces personnages n’a rien de romanesque, ni même de romantique. Heathcliff, être rustre et cruel, sauvage et vengeur, n’a absolument rien du prince charmant. L’amour de ces deux-là est instinctif, animal, indiscutable, non négociable, tout autant que brutal et sans concession. Lorsque Catherine dit « Je suis Heathcliff », c’est presque malgré elle, parce que le lien qui existe entre eux dépasse tout.

A ce titre, lire Les Hauts de Hurle-Vent confine à une véritable expérience, bien différente des romans plus lisses de l’époque. On a même parfois du mal à se rappeler que l’oeuvre a été écrite par une jeune femme de 28 ans, vivant isolée dans la lande anglaise avec ses soeurs. Difficile en effet d’imaginer qu’une telle cruauté, qu’une telle noirceur et que des personnages aussi torturés aient pu sortir de l’imagination d’une créature à l’apparence si douce. Cette seconde lecture a donc été presque aussi marquante pour moi que la première, peut-être éclairée différemment par mon expérience de femme, sur la nature de la passion notamment. De nouveau, j’ai été séduite par le style d’Emily, moins fluide sans doute que celui de sa soeur Charlotte (dont j’ai également beaucoup aimé le Jane Eyre), mais envoûtant et sans pareille pour dépeindre cette atmosphère gothique, à la limite du fantastique parfois.

Curieusement, après avoir tellement aimé le roman, je n’ai jamais été tentée d’en regarder les adaptations cinématographiques, trop romanesques, comme la vieille version de William Wyler ou la plus récente de Peter Kosminsky, ou à l’inverse trop minimalistes, comme la dernière adaptation en date d’Andrea Arnold, dont le peu que j’ai vu m’a fortement déplu. En ce qui concerne Les Hauts de Hurle-Vent, et c’est sans doute le seul roman dont je pourrais dire cela, je préfère rester sur mon propre film intérieur : sombre, intense, désespéré.

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« Je peux très bien me passer de toi » : la comédie romantique à lire à tout prix cet été !

La semaine dernière, j’ai eu la bonne surprise de recevoir dans ma boîte aux lettres un exemplaire (dédicacé !) du nouveau roman à paraître de Marie Vareille, déjà auteure en 2014 d’un premier ouvrage : Ma vie, mon ex, et autres calamités. Merci aux Editions Charleston !  Bilan des courses : un vrai moment de plaisir, presque trop court.

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Avant l’écrivain de talent, Marie Vareille, c’est la blogueuse irrésistible de Fan de Chick-Lit, dont les articles, en plus d’être bien écrits, me font toujours rire comme une bécasse. C’est donc totalement acquise à sa cause que je m’étais lancée l’année dernière dans les aventures pétillantes de Juliette. Avec Je peux très bien me passer de toi, elle confirme tout le bien que je pensais déjà de sa plume, et elle démontre sans complexes que les auteures françaises savent aussi faire de la Chick-Lit de qualité.

L’histoire : Chloé, 28 ans et parisienne jusqu’au bout des ongles, enchaîne les histoires d’amour catastrophiques. Un jour, elle conclut un pacte avec son amie Constance. Chloé devra s’exiler en pleine campagne avec l’interdiction d’approcher un homme et réaliser son rêve de toujours : écrire un roman. Constance, incorrigible romantique, s’engagera à coucher le premier soir avec un parfait inconnu. De Paris aux vignobles du Bordelais en passant par Londres, cet étrange pari entraînera les deux amies bien plus loin que prévu… Réussiront-elles à tenir leur engagement ? (Source : 4ème de couverture)

Dans cette nouvelle comédie romantique, c’est avec bonheur que l’on retrouve la verve et l’humour très girly, toujours savamment dosé, de Marie Vareille, ainsi que ses références et ses clins d’oeil (à ce propos, si Hollywood envisage un jour de réaliser un remake de 50 nuances de Grey avec Ryan Gosling, je suis tout à fait prête à retourner ma veste et à devenir adepte du fouet).

Les personnages féminins du roman sont également très bien croqués, caricaturaux dans certains traits, comme l’exigent les codes de la Chick-Lit, tout en restant crédibles et attachants. Ainsi, j’ai aimé la fragilité et l’idéalisme de Chloé, malgré son image de croqueuse d’hommes, et la folie douce de Constance. Ces deux filles qui pourraient être nos copines, ou une partie de nous-mêmes. En tant qu’ex-marketeuse parisienne, je n’ai évidemment pas pu m’empêcher de me projeter dans les rêves et les aventures de ces deux héroïnes, qui m’ont fait sourire, voire éclater de rire à certains moments.

L’intrigue, quant à elle, est menée dans une forme littéraire très moderne, alternant les points de vue de Chloé et de Constance, entre paragraphes à la première personne et passages de journaux intimes à la Bridget Jones. Loin de se contenter d’une petite bluette, Marie entretient aussi un fil rouge un peu mystérieux quant à l’identité de la nouvelle dulcinée de Guillaume, l’ex-homme de sa vie, pour finir sur une réflexion que j’ai trouvée intéressante sur le bonheur dans le couple. Parce que dans Je peux très bien me passer de toi, chacun aime comme il l’entend et j’ai beaucoup apprécié cette approche. J’ai enfin aimé la touche d’émotion incarnée par le joli personnage de Mamie Rose. Dans les passages qui lui sont consacrés, le tour de force de Marie est de toucher le cœur du lecteur avec des phrases toutes simples, sans pathos, mais qui font mouche.

En bref, Je peux très bien me passer de toi est LE roman à emporter sur la plage cet été. Le seul défaut que je lui ai finalement trouvé est d’être trop vite lu, parce qu’une fois commencé, on a du mal à s’arrêter. A acheter de toute urgence dans toutes les bonnes librairies à partir du 8 juin.

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22/11/63 de Stephen King : un voyage marquant

Je n’ai jamais beaucoup lu Stephen King, même si j’ai vu nombre d’adaptations de ses romans (la plus récente étant la série Under the Dome). Ma dernière lecture du King remontait en outre à très très loin. Pourtant, à sa sortie, j’avais été attirée par le synopsis de 22/11/63, et il trônait depuis sur les étagères de ma bibliothèque.

221163-Stephen King« 2011. Jake Epping, jeune professeur au lycée de Lisbon Falls dans le Maine, se voit investi d’une étrange mission par son ami Al, patron du Dîner Local, atteint d’un cancer. Une « fissure dans le temps » au fond de son restaurant permet de se transporter en 1958 et Al cherche depuis à trouver un moyen d’empêcher l’assassinat de Kennedy. Sur le point de mourir, il demande à Jake de reprendre le flambeau. Et Jake va se trouver plongé dans les années 60, celles d’Elvis, de JFK, des grosses cylindrées, d’un solitaire un peu dérangé nommé Lee Harvey Oswald, et d’une jolie bibliothécaire qui va devenir l’amour de sa vie. Il va aussi découvrir qu’altérer l’Histoire peut avoir de lourdes conséquences… » (Source : Amazon)

Le premier sentiment qui m’a étreinte en terminant ce livre a été la nostalgie, comme au retour d’un long voyage. Et il fut long en effet, avec pas moins de 930 pages en version brochée (qui, au passage, pèse une tonne et n’est pas du tout pratique à lire au lit 😉 ). De 1958 jusqu’au fatidique novembre 1963, Stephen King décrit l’Amérique des années 50 comme personne, sans angélisme exacerbé, mais avec réalisme et tendresse. On sent, on entend et on voit cette Amérique d’un autre temps, dont les obsessions étaient différentes des nôtres et dont on se surprend à être nostalgique sans l’avoir connue.

22/11/63 parle de voyage dans le temps, pourtant ce n’est pas vraiment un roman de science-fiction. King part simplement de ce postulat de base pour tisser une trame parallèle, qui mêle habilement l’Histoire et l’histoire, à travers une reconstitution très documentée. C’est ainsi qu’au fil du roman, on découvre la vie de Lee Harvey Oswald, tellement bien intégrée au récit qu’on en oublie la frontière entre la réalité et la fiction et que la crédibilité de la thèse, ici celle du tireur isolé, passe au second plan.

L’intérêt du roman réside en effet surtout dans les questions pertinentes qu’il pose et qui font partie des grands classiques de la SF : serait-il souhaitable de changer le passé si nous en avions la possibilité, et d’effacer ainsi la trame de nos vies pour en créer une nouvelle pas forcément meilleure ? Quel est l’impact de nos vies et de nos actes sur le cours de l’histoire et sur ceux qui nous entourent ? Ces interrogations prennent vie à travers la grande mission de Jake, mais également – et surtout – à travers sa vie quotidienne pendant ces 5 ans, à travers ses rencontres et ses décisions, et sa belle histoire d’amour avec Sadie. Parce que 22/11/63 est avant tout un roman d’amour, d’une beauté simple, jamais mièvre, et dont la conclusion, parfaite et poignante, m’a laissée le coeur serré pendant plusieurs jours.

Certes, on pourrait se demander pourquoi King a eu besoin de près de 1 000 pages pour conter cette histoire. Je répondrais qu’il a simplement suivi les circonvolutions de la vie et du temps, en nous entraînant au passage. Car malgré la longueur, on ne s’ennuie jamais : son style très vivant et la grande force évocatrice du récit font en permanence défiler le film sous nos yeux, jusqu’à un dénouement que j’ai trouvé paradoxalement presque trop court.

Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé. Aussi, sortie de ce pavé, j’ai eu besoin de quelques jours de pause lecture. Et j’ai finalement réalisé que ce livre m’avait laissé un goût de trop peu en matière de science-fiction pure et cela m’a donné envie de me replonger dans les maîtres du genre, pour voyager encore plus loin.

L’émotion sur fond de Seconde Guerre Mondiale : « Povchéri » et « Le Confident »

Suite à mon expérience de Cinquante nuances de Grey, il fallait que j’oublie vite. Si j’avais depuis longtemps Le Confident d’Hélène Grémillon dans ma PAL, j’ai en revanche retrouvé un petit bijou oublié : Povchéri de l’écrivain Patrick Cauvin, disparu en 2010, dont je ne sais même plus, à vrai dire, comment il s’est retrouvé dans ma bibliothèque. Ces deux petits ouvrages racontent deux histoires qui se déroulent pendant la Seconde Guerre Mondiale : deux récits émouvants, deux bons moments de lecture.

Povchéri – Patrick Cauvin

Patrick Cauvin est un auteur que j’affectionne particulièrement. Découvert il y a fort longtemps à l’école avec son célèbre E=mc² mon amour, l’histoire de ces deux adolescents surdoués qui vont s’aimer comme les grands, j’ai par la suite toujours eu un petit Cauvin entre les mains pour ponctuer mon parcours de lectrice : Laura Brams, L’amour aveugle, Haute-Pierre, et d’autres encore.

‚4ion³p~4ÀÏ8¸Ð8e ofateTimeenitPovchéri est peut-être celui que j’ai préféré. Joseph, dit Povchéri, a 11 ans en 1943. Avec ses yeux et ses mots d’enfant, il raconte sa vie de tous les jours dans un journal : l’école, le quotidien d’un Paris en guerre, ses premiers émois, … Plusieurs décennies plus tard, Joseph a plus de soixante-dix ans. C’est de nouveau la guerre dans le monde. C’est à ce moment-là qu’il retombe sur le journal de Povchéri et le vieux monsieur revêche se prend de tendresse pour le petit garçon qu’il était. Il décide alors de reprendre son journal et de lui raconter son futur.

Entre les deux Povchéris, c’est tout simplement la vie qui s’est écoulée. Toujours dans son style familier, Cauvin sait raconter cette vie comme personne : il peint l’enfance et la vieillesse avec des mots qui tour à tour font rire et émeuvent, dans une parfaite justesse. J’ai adoré.

Le Confident – Hélène Grémillon

Ce premier roman m’attendait depuis un moment. Quand j’ai eu fini Povchéri, je me suis dit que j’allais poursuivre dans la Seconde Guerre Mondiale, puisque j’étais déjà lancée.

le-confidentL’histoire, c’est celle de Camille, dans les années soixante-dix. Alors que sa mère vient de mourir, elle se met à recevoir des lettres étranges qui lui content une histoire qui ne l’est pas moins, et dont elle ignore quel peut bien être le lien avec elle. Au fil des envois, c’est une histoire de femmes poignante et de destins brisés qui se tisse, un drame dont les tenants et les aboutissants se faufilent jusqu’à elle au fur et à mesure qu’elle lève le voile, lettre après lettre. L’histoire, que l’on devine assez rapidement, n’est pas sans rappeler celle du Jardin des Secrets de Kate Morton, le souffle romanesque et le côté gothique en moins. Hélène Grémillon y apporte cependant une forme assez originale, entre récit épistolaire, retour au présent et confession, alternant les différents styles en fonction des narrateurs.

Dans Le Confident, c’est assurément moins le suspense que la peinture des sentiments, voire d’une certaine folie, qui accroche le lecteur. Le tout dans une ambiance de Seconde Guerre Mondiale, peu présente dans la première moitié du livre, plutôt bien retranscrite ensuite. Même si on aurait aimé que les personnages soient un peu plus consistants, le style un peu plus affirmé, Le Confident reste malgré tout une jolie lecture.

Le premier jour du reste de ma vie : une comédie douce-amère

le-premier-jour-du-reste-de-ma-vie-virginie-grimaldiQuand j’ai reçu « Le premier jour du reste de ma vie » des Editions City (que je remercie au passage), je me suis posé une question : allais-je autant aimer ce livre que la chanson (presque) éponyme d’Etienne Daho, ou le détester comme le film du même nom ? La réponse est que j’ai plutôt passé un bon moment avec le premier livre de Virginie Grimaldi, aussi connue pour être l’auteur du blog FemmeSweetFemme.

Le premier jour du reste de ma vie, c’est l’histoire de Marie, quarantenaire au quotidien terne et monotone, mariée avec Rodolphe, un homme comme on n’aimerait pas en avoir dans sa vie : peu attentionné, égoïste et volage. Poussée par ses filles, elle finit par passer le cap et le jour des 40 ans de son mari, elle lui laisse en cadeau une lettre d’adieu, avant de partir seule faire une croisière autour du monde. Sur le paquebot, elle rencontre Anne et Camille, avec qui elle va rire, pleurer, vivre des aventures, et surtout lier une amitié indéfectible.

Le premier jour du reste de ma vie est ce qu’on appelle un roman « feel good », qui laisse le sourire aux lèvres lorsqu’on a tourné la dernière page. Peut-être parce que j’ai précisément l’âge de Marie, parce que les textes de chanson de Jean-Jacques Goldman me parlent, mais le fait est que je me suis trouvé un lien avec cette héroïne ordinaire qui décide de rebooter son existence à mi-parcours.

Alors non, la lecture de ce livre ne m’a pas généré pas de grosses émotions, ni de gros éclats de rire, plutôt des sourires et des pincements au coeur. L’histoire, assez convenue, ne provoque pas l’étonnement par des surprises ou un scénario très travaillé. A la fin, tout se termine un peu trop bien. Les personnages ne sont pas très nuancés, ni très fouillés. Le style est parfois un peu trop simple, les phrases trop courtes, alors que j’aurais aimé qu’elles m’emportent plus.

Pourtant, paradoxalement, ce livre m’a touchée, par ses accents de sincérité, parce que souvent les mots sonnent juste. Parce que Virginie Grimaldi livre une histoire et des personnages sans prétention, mais dans lesquels chacun de nous peut se retrouver. J’ai également été touchée par la tendresse qui se dégage du livre. Je ne suis pas spécialiste de la chick-lit (à laquelle je me suis mise récemment grâce aux Editions City, je l’avoue), aussi il est possible que ce type d’histoire ait déjà été mieux traité par les prêtresses du genre comme Sophie Kinsella, comme j’ai pu le lire. Je ne sais pas, mais en tout cas, j’ai perçu le livre de Virginie comme une petite friandise qui réconforte et qui fait du bien. Si c’était son objectif, il est atteint.

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50 nuances de Grey (et surtout de force)

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Ces derniers temps, il fallait habiter une grotte pour ne pas subir la déferlante 50 nuances de Grey, surtout avec la sortie de l’adaptation du roman de E.L. James. Je ne suis pas hostile aux séries à succès, loin s’en faut, et je n’avais pas lu les livres. En outre, je connais des gens (bien) qui avaient apprécié, alors j’ai voulu tenter l’expérience. Au vu des critiques, je n’en attendais pas grand chose mais le mieux, c’est toujours de se faire sa propre idée.

Verdict : arrivée à la page 160, j’ai été forcée à l’abandon pour cause de torture littéraire aggravée (et je n’ai même pas signé de contrat avec E.L. James). Le résumé de ce libraire de Bayonne exprime parfaitement mon ressenti :

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L’histoire en elle-même, que tout le monde connaît, est encore ce qu’il y aurait pu être de plus intéressant, si elle avait bénéficié d’un traitement à la hauteur. Le problème, c’est que cette idée de départ se noie dans un océan de platitude et de banalités.

1- Les personnages, caricaturaux à souhait, ne sont jamais crédibles, E.L. James échouant totalement à leur donner la moindre épaisseur ou la moindre nuance (arf). En gros, Anastasia est une cruche élevée chez les Mormons (l’histoire ne le dit pas, mais ça ne peut être que ça) et Christian Grey est un odieux personnage, très beau (on le rappelle suffisamment), qui change d’humeur au gré(y) de la couleur de sa cravate (les fameuses nuances de « grey », donc).

2- La romance, qui aurait pu être passionnelle et emporter le lecteur, confine au roman Harlequin (j’en ai lu mais ne le dites à personne), l’hélicoptère blanc de Christian Grey remplaçant la Ferrari rouge de Steve. L’expression du désir de l’héroïne consiste ainsi à se mordiller la lèvre à toutes les pages, à se pâmer devant la beauté d’un Christian Grey irréel et à constater qu’elle a envie de rapports charnels avec lui. Bien. Et j’oubliais : à faire danser sa déesse intérieure aussi (ce qui au passage m’a fait éclater de rire, parce que ça m’a rappelé un épisode hilarant de Friends).

3- Et l’érotisme, me direz-vous ? Certes, E.L. James n’est pas avare en descriptions. L’ennui, c’est que ses scènes érotiques sont aussi excitantes qu’un épisode de la Cuisine des Mousquetaires. Pour preuve, l’auteure croit bon de mettre dans la bouche de son héroïne (arf) des « Haaaan, c’est trop érotique », au cas où on aurait pensé que Christian Grey préparait en réalité des anguilles au four. Pour avoir un point de comparaison, je suis allée farfouiller dans ma bibliothèque, et j’ai constaté que la moindre petite scène d’Emmanuelle ou d’un récit de Françoise Rey avait bien plus de puissance érotique que 50 pages de 50 nuances de Grey. Ainsi, de frisson, point.

4- Cerise sur ce gâteau déjà indigeste : le style. L’ayant lu en version électronique, je me suis demandé s’il ne s’agissait pas d’un brouillon ou d’une traduction maison tant le style est effroyable et le pouvoir évocateur des mots de E.L. James inexistant. Au niveau du vocabulaire, le livre se résume à une répétition inlassable des expressions suivantes :

  • Oh mon Dieu ! (à dire avec la voix d’Omar Sy, c’est plus drôle)
  • Putain (ou son cousin « merde », ou le combiné « putain de merde », auquel vient parfois se greffer l’incontournable « bordel »)
  • Mais qu’il est beeeeeaaaaaauuuuuuu !!!
  • Elle se mordillait la lèvre inférieure.
  • Il lui passa le pouce sur la lèvre inférieure (la même).
  • Il pencha la tête sur son épaule (l’histoire ne le dit pas non plus, mais Christian Grey a une malformation congénitale du cou, rattrapée au niveau de son entrejambe démesurée : « Quoi ?? Tout ça ?? » en dira Anastasia.)
  • Il explose en elle (ou elle explose autour de lui, nuance, on vous dit !).
  • « Là » (terme abscons désignant la caverne secrète d’Anastasia)
  • Et enfin, « Bébé, jouis pour moi » (non, ce n’est pas un titre de chanson de Jean-Luc Lahaye).

Bref, E.L. James a largement gagné par 4 à 0 sur ma patience, me laissant circonspecte quant au succès phénoménal de ce livre. Et à tel point affligée que je me suis à peine interrogée sur son éventuelle portée sociologique (si tant est qu’il y en ait une), notamment sur les rapports homme / femme qu’il induit. C’est vrai, je me suis demandé qui peut bien fantasmer sur un personnage qui présente la soumission comme un moyen de le gagner, lui. Et le fait que la réponse soit « plein de femmes » m’a interpellée. Bon. Pour mieux comprendre, il aurait peut-être fallu(s) que je lise l’ouvrage en entier. Bon. Peut-être que… mais finalement, non. La lecture, c’est un peu comme le BDSM : trop de torture tue le plaisir.

Le chien des Baskerville – Sir Arthur Conan Doyle

conan-doyle-chien-baskerville-sherlock-holmesCes derniers mois, je n’ai pas pris beaucoup de temps pour chroniquer mes lectures. Pour y remédier, je me suis donc engagée chez Bookyboop dans une lecture commune sur le thème de Sherlock Holmes, avec billet à l’appui !

Ayant adoré la série télévisée Sherlock et surtout, n’ayant jamais lu Sir Arthur Conan Doyle, il fallait absolument que je découvre le matériau original ! Après un trip spéléo dans ma bibliothèque, j’en ai retrouvé plusieurs volumes qui appartenaient à Chéri et j’ai jeté mon dévolu sur Le Chien des Baskerville, une des aventures les plus célèbres de Sherlock Holmes.

L’histoire : lorsque le Docteur Mortimer passe la porte du 221B Baker Street, c’est pour proposer à Sherlock Holmes et son acolyte le Docteur Watson une affaire des plus étranges. Son ami Sir Charles Baskerville vient en effet de mourir dans des conditions mystérieuses : aucune trace de blessure, seulement un masque de terreur imprimé sur le visage, comme s’il était mort… de peur. Or, dans la famille Baskerville, une légende raconte qu’une malédiction poursuit ses membres, malédiction incarnée par un chien monstrueux et meurtrier.

Fait notable dès le début du roman : Sherlock étant retenu à Londres par une affaire, c’est Watson qui est en première ligne de l’enquête sur le meurtre de Sir Charles. C’est lui encore qui accompagne le Docteur Mortimer dans la lande du Dartmoor à la rencontre de Sir Henry, héritier des Baskerville, et du chien légendaire. Sherlock est donc absent pendant une bonne partie de l’intrigue, absence qui se révèle être prétexte à l’entrelacement de plusieurs techniques narratives. Racontée par la voix de Watson, l’histoire passe ainsi du récit à la première personne au roman épistolaire, en passant par le journal personnel, ce qui amène du dynamisme à une intrigue somme toute assez linéaire. Bien que les styles plus ampoulés du XIXème siècle ne me rebutent pas, au contraire, j’ai été agréablement surprise par ce style précis et moderne.

Quant à l’enquête elle-même, elle est plutôt agréable à suivre et ménage bien son suspense, parsemant le récit de surnaturel, de révélations et d’apparitions de personnages inquiétants. L’ambiance, entre manoirs sombres et lande désolée, est évocatrice et prenante : tout ce que j’aime dans les romans anglais !

Et bien sûr, par cette lecture, je me suis surtout régalée à faire le parallèle avec la série de la BBC, dont un épisode fait directement référence au roman. Même s’il est en définitive peu présent dans ce volume, j’ai aimé retrouver le duo Sherlock / Watson, auquel les acteurs Benedict Cumberbatch et Martin Freeman sont très fidèles dans leurs interprétations. Malgré la transposition au XXIème siècle et une remaniement certain de l’intrigue, je n’ai pu que constater à quel point les scénaristes ont su conserver l’esprit de Conan Doyle, tout en y apportant classe et modernité. N’est-ce pas signe d’une adaptation réussie ?

Pour ce qui est des livres, je ne sais pas si je poursuivrai mes lectures de Conan Doyle, en tout cas cette première incursion m’a presque donné le regret de ne pas l’avoir lu plus tôt !