Atelier d’écriture chez Olivia : Entrevue près du lac

unehistoireCette semaine, le moins qu’on puisse dire c’est je suis totalement hors délai pour l’atelier d’écriture chez Olivia ! Mais tant pis, j’ai joué quand même en mettant à profit mes trois heures de train de Marseille à Paris.

Voici donc les mots qu’il fallait placer : éclairage – clarté – lampadaire – attente – rendez-vous – quand – bientôt – demain – jour – nuit – aube – début. Contrainte facultative : soit vous prenez tous les mots, soit vous n’en sélectionnez que cinq et vous ajoutez la consigne suivante : le lieu de l’action doit être au bord d’un lac.

‘-Cynthia, vos parents sont là. Vous allez prendre vos médicaments avant d’aller les voir. Devant moi. Je ne veux pas que ça se passe comme il y a quinze jours, vous vous souvenez ? Vous avez fait peur aux autres patients et vous avez mordu une infirmière. Si une telle chose se reproduit, je serai forcé de vous interdire les sorties dans le parc.

Cynthia s’exécuta sans opposer de résistance. Pourtant Dieu sait qu’elle abhorrait la léthargie dans laquelle la plongeaient ses comprimés, cette absence totale de sentiments, comme si chacune de ses terminaisons nerveuses était étouffée dans du coton. Ce traitement lui faisait perdre la notion du temps et elle avait l’impression d’évoluer dans un univers sans relief, sans couleur, sans goût. Finalement, elle préférait mille fois cette douleur fulgurante qui la frappait parfois sans prévenir à ce désert… et à l’absence de Jensen. Deux semaines plus tôt, la crise qu’évoquait le Docteur avait été telle qu’un cri primal et sauvage, qu’elle n’avait pu retenir, s’était échappé d’elle et lui avait fait perdre complètement le contrôle. Elle revit le visage épouvanté de sa mère, entendit les cris d’effroi autour d’elle, jusqu’à ce que les infirmières la maîtrisent et lui administrent une dose qui l’avait terrassée en quelques secondes et dont l’effet lui avait semblé durer une vie entière.

-Venez, je vous emmène dans le parc. Vos parents vous attendent au bord du lac. Je compte sur vous pour que tout se passe bien. Nous nous verrons ensuite pour notre rendez-vous hebdomadaire.

Cynthia jeta un œil rapide par la fenêtre et aperçut ses parents au loin. La clarté de cette fin d’après-midi lui semblait étrange, cotonneuse, presque triste, si différente des lumières naissantes de l’aube, porteuse des espoirs du jour, qu’elle contemplait chaque matin. A moins que ce ne soit l’effet des médicaments et l’éclairage gris et terne qu’ils apportaient à son quotidien, le début de la léthargie tant redoutée qui la précipitait dans sa nuit intérieure. Puis le Docteur la prit par le bras pour l’accompagner dehors.

-Bonjour ma chérie, comment vas-tu aujourd’hui ? lui demanda sa mère en la serrant contre elle.

Cynthia avait du mal à supporter les efforts visibles que sa mère faisait pour paraître badine, et les larmes qui menaçaient à tout moment de jaillir de ses yeux. Les premiers temps de son arrivée, elle ne l’avait pas reconnue. Tous ses souvenirs étaient comme un amas informe qu’elle n’arrivait plus à déchiffrer. Les noms et les visages s’entrechoquaient dans sa tête sans parvenir à se montrer distinctement à sa conscience. Petit à petit, le puzzle s’assemblait de nouveau, des bribes de son histoire refaisant surface de manière lente et erratique. Elle n’aurait même pas su dire depuis combien de temps elle était là, ni pourquoi. Elle avait d’abord reconnu sa sœur Maya, sa mère, puis son père. Lire la souffrance, puis la pitié, sur ces visages aimés lui avait causé un choc, d’autant plus qu’elle n’arrivait pas à se souvenir de ce qui les avait causés. Malgré ses suppliques, Maman refusait d’en parler. Elle disait que le Docteur Moisan voulait qu’elle se souvienne toute seule, que c’était important. Ce qui provoquait sa colère, du moins quand les médicaments ne l’avalaient pas avant qu’elle n’ait eu une chance de se manifester.

-Maman, quand vais-je pouvoir sortir d’ici ? Demain ? Dans dix ans ? hurlait-elle.
-Bientôt ma chérie, disait inlassablement Maman. Le Docteur dit que tu fais beaucoup de progrès, que ta mémoire revient. Il ne faut pas aller trop vite, il ne faut rien forcer si tu ne peux pas encore te souvenir…

Mais aujourd’hui, Cynthia se sentait plus résignée que d’habitude.

-Ca va, Maman, répondit-elle d’une voix morne.

Puis elle se tut. Elle contempla le lac et écouta la voix de Maman qui se faisait lointaine. Comme à chacune de ses visites, cette dernière lui parla de personnes dont le souvenir lui revenait parfois, lui dit qu’elle manquait à tout le monde et qu’elle avait hâte d’organiser la grande fête de son retour à la maison. Papa quant à lui resta silencieux. Il était dérouté par la nouvelle Cynthia et ne reconnaissait plus sa fille dans ce petit être recroquevillé et fragile au comportement imprévisible. Il l’aimait toujours, bien sûr, mais il n’arrivait pas à trouver les mots justes, aussi il se contentait d’être présent. Malgré son mutisme, son attitude était en fin de compte beaucoup plus supportable pour Cynthia que celle de Maman, et les échanges silencieux qu’elle avait avec lui lui apportaient au fond plus de réconfort. Au bout d’un certain temps, le soleil se mit à baisser à l’horizon. Les éclairages et les lampadaires du parc n’allaient pas tarder à s’allumer. Elle interrompit alors le bavardage de Maman.

-Je suis fatiguée Maman, et je commence à avoir froid. Je voudrais rentrer.

Le Docteur Moisan arriva à ce moment-là avec une infirmière.

-Madame et Monsieur Lavoie, je vais devoir vous enlever votre fille, c’est l’heure. Cynthia, Sylvie va vous raccompagner dans votre chambre, j’ai un mot à dire à vos parents, je vous rejoins dans quelques minutes pour notre entretien.

Elle dit au revoir à ses parents, détourna rapidement le regard pour ne pas voir les larmes imminentes dans les yeux de Maman et suivit docilement l’infirmière.’

L’atelier d’écriture chez Olivia : Ariane se révèle

unehistoireVoici le résultat de la récolte des mots chez Olivia cette semaine : sagesse – proverbe – absolument – subtil – vieillesse – ennemie – adversaire – jeu – échecs – fiasco – erreur – accepter – joie – plaisir – offrir.

Le passage ci-dessous était déjà écrit, j’y ai donc inséré les mots, à ma manière comme chaque semaine. Désolée par avance car il est un peu long. Donc previously on Ariane’s story : Millie vient de retrouver Ariane, son amie de lycée, à la fac, et découvre qu’elle y mène des études de théâtre. Elle se souvient alors que six ans plus tôt, la pièce Cyrano de Bergerac s’était montée dans leur classe de seconde. Son professeur de français avait insisté pour qu’elle passe l’audition pour le rôle de Roxane et Ariane l’avait aidée à répéter. Then…

‘Je ne dormis presque pas de la nuit. Roxane. C’était presque trop beau pour être vrai. Le lendemain matin, je me levai comme un polichinelle de mon lit pour aller au lycée. Le trois heures de devoir surveillé de français, sur le thème de la sagesse dans les proverbes, me parurent une éternité. En sortant à 11h30, Ariane me demanda :
– Ca va, pas trop stressée pour tout à l’heure ?
– Si, je suis à deux doigts de m’évanouir ! On déjeune ensemble ce midi ?
– Oui, avec plaisir, viens à la maison. Ma mère n’est pas là et il doit y avoir des restes de lasagnes dans le frigo.

L’appartement de la mère d’Ariane était à cinq minutes à pied. C’était un vieil immeuble sans ascenseur et elles habitaient au premier. Nous entrâmes et Ariane se dirigea vers la cuisine pour aller réchauffer le repas. Pendant que nous déjeunions, elle m’offrit un panaché, puis lâcha d’un air embarrassé :
– Il faut que je te dise quelque chose, Millie. Après ta répétition d’hier, j’ai décidé de passer aussi l’audition. C’est quand même le rôle de Roxane, tu vois… Mais avant de le faire, je voulais être sûre que ça ne te dérange pas.

La surprise m’ôta les mots de la bouche et je repensai à sa performance subtile et étonnante de la veille.
– Eh bien… euh non… ça ne me dérange pas… absolument pas, balbutiai-je. Après tout, c’est le jeu, l’audition est ouverte à tout le monde. Et si on loupe Roxane, on pourra toujours essayer de choper le rôle de la vieille duègne ou d’une bonne sœur, m’efforçai-je de dire d’un ton détaché qui se voulait joyeux.

Lorsque vint l’heure de retourner au lycée, j’étais encore plus stressée. Non seulement j’allais auditionner pour le rôle de ma vie, mais en plus ma meilleure amie serait mon adversaire, devrais-je dire mon ennemie ? Je n’aimais pas vraiment la tournure que prenaient les choses. Nous arrivâmes dans la salle de l’Aumônerie à 14h pile. M. Loupiot était déjà arrivé et de nombreux élèves de toutes les classes de seconde étaient déjà présents. Il attendit encore quelques minutes et annonça :
– Vous savez que le rôle de Cyrano est déjà attribué à Sylvain Cadier, puisqu’il est le seul à s’être présenté. C’est vrai qu’assumer un rôle de mille quatre cents vers n’est pas donné à tout le monde ! Nous allons donc auditionner pour tous les autres rôles aujourd’hui. A commencer par les rôles féminins, puisqu’il y en a très peu dans la pièce, nous choisirons ensuite tous les rôles masculins, et nous finirons par celui de Roxane.

Je m’écroulai intérieurement. Puisque tous les rôles allaient être attribués avant celui de Roxane, je compris que si je ne l’obtenais pas, je n’aurais aucun rôle dans la pièce. Les auditions durèrent des heures, et même si Ariane me glissait une bonne blague de temps en temps au creux de l’oreille, je me décomposai de minute en minute. Quand vint enfin notre tour – nous étions quatre à briguer le rôle – j’étais en état de tout sauf d’auditionner.
– Mais, puisqu’il est cruel, vous fûtes sot de ne pas, cet amour, l’étouffer au berceau !

J’entendis ma voix, trop aiguë, trop tremblante et je sus, alors même que je récitai encore les vers, que c’était fichu. Un vrai fiasco. Quand je revins à ma place, Ariane me chuchota à l’oreille « Millie, tu es la meilleure ». Les deux autres candidates passèrent à leur tour mais je n’entendais plus rien. Puis vint le tour d’Ariane. Comme la veille, elle se transfigura et récita les vers avec une fluidité et un talent que je ne lui connaissais pas et qui fit taire toute la salle. A la fin de la tirade, M. Loupiot, soufflé comme nous tous par sa prestation inattendue, reprit la parole :
– Nous avons désormais tous nos personnages et je dois maintenant faire un choix pour Roxane. Mesdemoiselles, merci beaucoup pour votre présence et votre courage. Mais pour la pièce, après ce que je viens de voir et d’entendre, je vais attribuer le rôle de Roxane à Ariane. Merci encore à vous tous. A tous ceux qui font désormais partie de la pièce, je vous donne rendez-vous mercredi prochain à 14h pour le planning et l’organisation.

Nous sortîmes tous lentement de la salle. Je ne savais pas trop comment réagir, je me devais d’être heureuse pour Ariane mais en réalité j’étais effondrée par mon échec. Me présenter à cette audition avait été une véritable erreur. Je tentai de la féliciter en gardant un semblant de contenance, puis j’inventai une excuse incompréhensible pour rentrer le plus vite possible à la maison. Je pris le bus et en arrivant chez moi, l’appartement était vide. Mes parents ne rentreraient pas avant au moins une heure, ce qui me laissait une heure entière pour pleurer tout mon saoûl.

Pendant les semaines qui suivirent, Ariane et moi fîmes comme si de rien n’était, continuant à rire de tout et à nous repaître de livres et d’histoires. Simplement, nous évitions soigneusement d’évoquer le sujet de la pièce. Seuls les mercredis après-midis, que nous passions jadis ensemble, et qu’Ariane passait désormais à répéter, étaient la preuve que quelque chose avait changé entre nous. M. Loupiot m’avait demandé si je n’avais pas été trop déçue et s’était excusé de son choix. Je lui avais répondu nonchalamment qu’Ariane était à l’évidence la meilleure et que le rôle aurait sans doute été trop difficile pour moi de toute façon. Et j’avais pleuré dans les toilettes en sortant.’

Atelier d’écriture chez Asphodèle : Retrouvailles

plumes asphodeleVoici les résultats de la récolte de mots cette semaine chez Miss Aspho : voiture, rue, immeuble, abeille, théâtre, anonymat, animation, pavé, visite, parc, bitume, bus, fuite, flâner, embouteillages, urbain, gare, cohue, chuter, constant, hôpital.

Ils s’intégraient très bien dans le texte que j’avais l’intention d’écrire pour l’histoire d’Ariane et de Millie, et comme d’habitude j’ai légèrement triché sur la forme de certains mots, mais chuuuut…

Donc, previously on Ariane’s story (que j’ai écrite mais pas publiée) : alors que Millie sort d’un cours à la Sorbonne, elle tombe nez à nez avec son amie de lycée Ariane qu’elle n’a pas revue depuis des années.

‘Nos sacs-déjeuner à la main, nous marchions tranquillement sur le boulevard Saint-Michel en direction du jardin du Luxembourg. Le soleil était radieux, l’air était doux, un vrai avant-goût d’été, ce qui tranchait de façon très agréable avec le printemps pluvieux et les brusques chutes de température que nous avions subis cette année. J’espérais que cela annonçait un été digne de ce nom, d’autant plus que je n’avais pas prévu de partir en vacances cette année, maigres finances obligent.

Quand nous quittâmes les immeubles pour pénétrer dans l’enceinte du parc, le ballet constant des voitures et des bus coincés dans les embouteillages, pourtant tout proche, devint à peine perceptible. L’animation de la rue et la cohue de parisiens anonymes et pressés firent place au chant des oiseaux et au discret bourdonnement des abeilles. Les allées de sable et les pelouses remplacèrent le bitume et les pavés.

Ces incursions hors de l’univers urbain, comme le parc Monceau ou le Jardin des plantes, au bout du boulevard de l’Hôpital, sont de véritables petits miracles à Paris, une fuite salutaire vers des havres de paix inattendus : difficile d’imaginer, dans ces oasis, que se trouve souvent à deux pas une gare de RER bondée et que s’étend juste sous nos pieds la fourmilière du réseau du métro.

Je n’en revenais pas d’être là en train de flâner avec Ariane, elle et moi en visite dans un jardin parisien comme nous l’avions si souvent fait quand nous étions au lycée… Après toutes ces années où je n’avais eu aucune nouvelle d’elle, je savourais sa présence à mes côtés tout autant que la brise tiède qui se glissait sous ma robe et caressait mes jambes. Malgré tout, même si je ne voulais pas y penser à cet instant, la vraie raison qui avait fini par nous éloigner me revint à l’esprit avec un pincement au coeur.
– Alors comme ça, tu fais des études de théâtre ? finis-je par lui demander.

Un silence gêné s’installa entre nous.’

Atelier d’écriture chez Olivia : Pluie d’été

unehistoireLes ateliers se suivent… et les mots de la semaine chez Olivia étaient : élégance – prestance – raffinement – cruauté – barbarie – orgue – cathédrale – gargouille – gouttière – pluie – mousson – alizés – moiteur – douce – laine

Avec la consigne facultative suivante : commencer le texte par la lettre A et le terminer par la lettre Z.

Voici donc ma participation pour cette semaine :

‘Ariane et moi étions à peine sorties du café qu’une pluie tiède, digne d’une mousson asiatique, se mit à tomber à seaux. Essayant tant bien que mal de nous abriter sous nos vestes légères, nous passâmes en courant devant Notre-Dame. La cathédrale me parut encore plus majestueuse sous le ciel déchaîné, et ses gargouilles plus grimaçantes que jamais.
Trempées jusqu’aux os, nous nous engouffrâmes dans la station de métro. La chaleur de ce mois d’août, mêlée à l’humidité du jour, créait une moiteur parfaitement détestable et l’idée de s’entasser dans la rame dans ces conditions ne me disait rien du tout.
Vingt minutes de trajet en apnée et deux changements de ligne plus tard, nous finîmes par sortir de terre. La pluie tombait toujours et le point d’orgue de la colère céleste fut atteint lorsqu’un énorme coup de tonnerre retentit. Nous n’étions plus qu’à quelques dizaines de mètres de l’entrée de l’immeuble d’Ariane. Espérant une vague accalmie, nous fîmes une pause sous un porche avec deux chats de gouttière qui fuyaient eux aussi l’averse, ce qui ne les empêchait pas de se cracher dessus d’un air barbare. D’une fenêtre ouverte dans la cour intérieure attenante au porche, s’échappait le ‘Moi… Lolita’ d’Alizée. En nous regardant l’une l’autre et fredonnant ‘C’est pas ma fauteeeee…’, nous nous mîmes à pouffer devant notre allure misérable : cheveux dégoulinants, maquillage sinistre, vêtements collés au corps.

Malgré sa robe beige toute simple et son gilet de laine tout mouillés, Ariane n’avait rien perdu de son élégance, ni de sa prestance. Elle affichait un charme et un raffinement naturels qui transpiraient d’elle même lorsqu’elle n’était pas censée être à son avantage. Cette douce beauté et ce visage ravissant étaient pourtant trompeurs. Je savais, moi, que sous ce masque se cachait un être ambigu capable de la tendresse la plus absolue comme de véritable cruauté, dont nombre d’hommes avaient fait les frais.
Je m’interrompis dans la contemplation de mon amie quand je remarquai que la pluie se faisait plus éparse. Je sortis alors la tête du porche et scrutai le ciel :
– On a deux minutes pour arriver jusqu’à chez toi avant de se reprendre une saucée, lançai-je. On y va, allez !’

L’atelier d’écriture chez Asphodèle : Fin d’un monde

plumes asphodele

Et voilà la fournée des mots collectés cette semaine chez Asphodèle : temps, vie, chanson, rien, diva, furibond, montagne, souffle, pollution, tempête, ballade, léger, envoyer, courant, bulle, prendre, gonfler, voleter, brèche, blesser, balançoire.

J’ai utilisé tous les mots mais j’ai malgré tout un peu triché puisque j’ai transformé ‘envoyer’ en ‘renvoyer’. Vous me direz que je ne manque pas d’air, en même temps, c’était le thème de la semaine ! ^^

Voici donc ma participation :

‘Eclatée, la bulle fragile qui nous maintenait en vie,
Trop grande était la brèche que nous avions ouverte.
Diva furibonde et blessée, tu t’es rebellée
Pour nous renvoyer au néant.

Plus de chanson qui résonne dans le soir.
Adieu jupes gonflées qui voletaient au vent léger,
Adieu balançoires et rires d’enfants…

Les tempêtes se sont apaisées.
Seule chante désormais la ballade de tes rivières
Courant dans les montagnes.
Le mot pollution est resté au passé…

Si longtemps tu nous as supportés
Et tu respires enfin.
Notre existence aura passé le temps d’un souffle,
Le temps d’un rien.
Tu n’as pas eu d’autre choix que de la prendre
Pour pouvoir vivre.

Nous avions choisi de mourir.’

L’atelier d’écriture chez Olivia : Ariane sur le fil

unehistoire La semaine est passée très vite (c’est fou, hein, quand on travaille ! ^^) et j’avoue avoir un peu délaissé WordPress, d’autant plus que mes articles, et nombre des vôtres, n’apparaissaient plus (et n’apparaissent toujours pas, semble-t-il) dans le reader.

Malgré tout, même à la dernière minute, je n’ai pas voulu louper l’atelier d’écriture de cette semaine chez Olivia, dont les mots à placer étaient les suivants :  Hésiter – incertitude – énigme – interroger – épreuve – sportif – doper – tricher – punir – injustifié – loi – attraction – terrestre – aérien – météo

La contrainte facultative était la suivante : commencer le texte par ‘Regardez-le’. Voici donc ma participation pour cette semaine 🙂

‘- Regardez-le !

Ariane éclata de rire. C’est vrai que j’avais cette fâcheuse tendance à la grandiloquence quand je récitais des vers et Ariane ne se lassait pas de s’en moquer. Ce soir-là, nous nous étions retrouvées dans son petit appartement des Buttes Chaumont parce qu’elle avait besoin d’une compagne de répétition pour sa nouvelle pièce de théâtre, dont la première était prévue dans trois semaines. Non sans quelque fierté, j’étais son acolyte favorite dans cette mission et j’accourais toujours avec plaisir quand elle me sollicitait, même si elle me punissait de son rire tonitruant que je trouvais parfois injustifié. Ainsi, quelques verres de vins et amuse-gueule plus tard, nous étions entrées dans le vif du sujet, et visiblement Ariane était d’humeur taquine.

J’admirais sa façon d’aborder ses rôles, comme une véritable épreuve, à la manière d’un sportif, sauf que sur scène, impossible de se doper ou de tricher. L’incertitude n’est plus de mise, hésiter est interdit, seul le texte compte. Dès que le rôle prenait possession d’Ariane, et non l’inverse, sa véritable personnalité se faisait aérienne, les expressions qu’elle affichait étant à la merci de la loi implacable de l’auteur. Une vraie météo des sentiments. Ses personnages exerçaient toujours sur elle une attraction terrible et j’aimais cette sensation de ne pas la reconnaître quand elle était habitée. Bien que je la connaisse depuis des années, Ariane était pour moi une véritable énigme, à la fois amazone et fragile, lunaire et terrestre, et je m’interrogeais encore sur qui elle était vraiment.’

L’atelier d’écriture chez Asphodèle : Quand Antoine rencontre Sarah

plumes asphodeleLa semaine dernière, je voulais écrire un bout de l’histoire de Sarah et Antoine avec les mots de l’atelier d’Olivia mais le temps file trop vite !

J’ai donc repris ces mots : ténébreux – sombre – gouffre – clair – caverneux – roman – asocial – adaptation – théâtre – dramatique – scénariste – comédien – grandiloquent, auxquels j’ai retiré ‘caverneux’, ‘théâtral’ et ‘grandiloquent’ et j’y ai ajouté les mots de la semaine chez Asphodèle : inconnu, nostalgie, rivages, différence, dépaysement, horizon, recommencer, mutation, ailleurs, lointain, voyage, insouciance, oublier, découverte, chimérique, aventure, soleil, distance, ici, asphalte, abandonner, améthyste.

L’histoire d’Antoine, Sarah et Tristan est donc livrée par bouts et dans le désordre mais je ne désespère pas de remettre un jour le puzzle à l’endroit 🙂

‘Elle faisait la queue depuis vingt-cinq minutes au snack des Comédiens, ce qui lui avait donné largement le temps de faire son choix entre le panini italien (le meilleur du quartier) et l’irrésistible sandwich poulet curry au pain polaire. « Quelle plaie, je vais encore sentir le graillon en rentrant au bureau » se lamenta-t-elle intérieurement. Malgré l’attente interminable, elle trouva quand même le moyen d’hésiter sur sa commande quand elle fut enfin devant le comptoir. « Bonjour… euh… Une bruschetta tomates-mozza… un Coca light et… une panacotta sauce framboise, s’il vous plaît », finit-elle par lâcher à la serveuse débordée. L’ultime minute d’attente l’avait encore fait changer d’avis.

– Et n’oubliez pas le supplément huile d’olive et pignons !

Sarah sursauta en entendant la voix derrière elle. Elle se retourna et se retrouva nez-à-nez avec un jeune inconnu qui affichait l’air goguenard de celui qui a réussi un coup d’éclat. Elle le jaugea rapidement : pas très grand, le cheveu sombre et bouclé, l’oeil vif et malicieux, plutôt sympathique de prime abord.

– Pardonnez-moi, je ne me suis pas présenté : Antoine, votre voisin d’en face. Enfin je veux dire, je tiens la petite galerie d’art en face de votre bureau. Sarah, c’est ça ?

Elle se souvint d’avoir été une fois dans cette galerie. Son amie Mag était passionnée de peinture et était, au grand dam de son mari, un vrai gouffre dès qu’il s’agissait de jeunes créateurs. Cependant, cela ne l’avait pas empêchée, semble-t-il, d’oublier le visage de son propriétaire : après tout, sa spécialité n’était-elle pas d’avoir toujours la tête ailleurs ? Même si elles étaient les meilleures amies du monde, Mag s’amusait régulièrement à la traiter d’asociale et de Marie-qui-rêve. De plus, elle n’était pas spécialement jolie mais ses longs cheveux blond clair, son teint diaphane et ses yeux améthyste immenses donnaient l’impression qu’elle était tombée tout droit de la Lune.
Sarah fut estomaquée que le jeune homme connaisse non seulement ses habitudes, mais aussi son prénom. Avant qu’elle ait eu le temps de bafouiller une réponse, la serveuse lui remit le sac de son déjeuner tout en prenant le ticket restaurant que Sarah lui tendait.

Square-du-Temple--DSC_7885– Il fait beau aujourd’hui, dit Antoine en faisant un clin d’oeil. Je parie que vous aviez l’intention d’aller vous installer sur l’herbe au Square du Temple avec un livre, j’ai raison ?

Sarah acquiesça de la tête avec un regard ébahi. Cet Antoine était sans aucun doute un psychopathe qui la pistait peut-être depuis des mois.

– J’aime bien y aller aussi, poursuivit-il, même si je ne suis pas un grand fan des mômes qui courent partout. Est-ce que vous daigneriez partager votre soleil ?

Sarah rougit. Son bouquin du moment, un roman dont l’adaptation cinématographique par un scénariste en vogue avait connu un franc succès – alors qu’il était dramatiquement mal écrit – ne pouvait décemment pas rivaliser avec la compagnie de ce drôle de garçon, même s’il était un tantinet effrayant à en savoir autant sur elle. Ne trouvant pas d’argument valable pour refuser, elle accepta en bredouillant une phrase inintelligible. L’aventure et l’imprévu n’étaient pas si fréquents dans son petit quartier du Marais, d’autant plus qu’à part ses collègues, elle ne connaissait pas grand monde ici.

Tandis qu’ils atteignaient la rue de Bretagne, Antoine lui avoua :
– Au fait, je m’excuse de vous avoir fait peur au snack. Pour tout vous dire, ça fait un moment que je vous vois sortir de votre bureau tous les jours exactement à la même heure pour aller chercher votre déjeuner et j’avoue que ça m’amuse d’observer vos petites manies de métronome. J’espère que vous ne m’en voulez pas.

Sarah se sentit un peu vexée. Elle était comptable et, comme dans ses bilans et ses comptes de résultats, elle aimait que tout soit carré dans sa vie aussi. Ce en quoi Tristan et elle contrastaient violemment. Tristan, l’artiste en mutation permanente, avait ouvert de nouveaux horizons et répandu un parfum de dépaysement et d’insouciance dans sa vie. Avec lui, elle avait découvert qu’elle pouvait abandonner un peu de sa rigidité, et prendre de la distance avec les choses matérielles trop bien rangées de son quotidien. Jusque là, elle n’avait fréquenté que des hommes cravatés dont elle ne gardait aucune nostalgie, et les seuls rivages lointains qu’elle avait atteints se trouvaient dans les voyages chimériques qu’elle faisait grâce à ses livres. Lorsqu’elle avait rencontré son beau ténébreux, c’est comme si sa vie toute entière recommençait, à jamais éloignée de ce qu’elle avait toujours été. Pourtant, il faut croire que leurs années de vie commune ne l’avaient pas rendue si différente puisque son voisin indélicat venait de la traiter de métronome. Elle baissa les yeux sur l’asphalte d’un air renfrogné et répondit :

– Puisque vous êtes si bien renseigné, vous devez aussi savoir que je suis comptable, et que nous ne sommes pas réputés pour être des modèles de fantaisie.

Antoine partit d’un rire à la fois charmant et tout à fait irritant :
– Je vous ai vexée !’

Mais où en est la Fille du Feu ?

katniss-everdeen-de-the-hunger-gamesJe me rends compte que ça fait un moment que je n’ai pas donné de nouvelles de la Fille du Feu, alias mon moi professionnel. Pourtant il s’est passé beaucoup de choses depuis le dernier billet. Je m’étais arrêtée au moment où je m’étais installée en tant qu’auto-entrepreneur pour être écrivain public / rédactrice. Il se trouve qu’entre temps, j’ai eu une surprise de taille puisqu’on m’a proposé un poste d’assistante tout-terrain dans une société en création. Je fais donc depuis presque 3 semaines le grand écart entre business plan et création (et rédaction !) de documents commerciaux, en passant par le plan de trésorerie. Le tout en parfaite autonomie et un patron en or qui m’a donné la possibilité de concilier ma nouvelle vie professionnelle et la gestion de mes fripouilles avec un emploi du temps adapté. Pouvais-je rêver mieux ? Probablement pas. En plus, j’ai oublié de préciser que mon bureau a vue sur la mer. Dit comme ça, j’ai l’impression d’avoir tellement de chance que j’en ai presque honte.

2014-02-07 14.41.15Malgré ce job tombé du ciel (un immense merci à Vanessa, ma décoratrice de gâteaux préférée qui m’a chaudement recommandée 😀 ), je n’ai pas pour autant abandonné mon projet en solo, que je souhaite mener en parallèle. Mon site Internet est donc en passe d’être prêt, et ce n’est rien de dire que ça n’a pas été une sinécure pour la débutante que je suis dans la création de sites Web ! Heureusement j’ai des amis en or, et une en particulier qui a fait jaillir sur le papier le logo que j’avais en tête, et créé pour moi une très belle carte de visite (teasing pour le prochain post quand le site sera prêt ^^).

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Par ailleurs, après une formation intense et condensée dispensée par Chéri, j’ai réalisé ce week-end, comme une grande, la conception/rédaction (ça je sais faire), et surtout la maquette Photoshop (oui, oui) de mon premier flyer complet pour ma décoratrice de gâteaux préférée (oui, toujours la même, serait-elle mon ange gardien ?).

Enfin, participer aux ateliers d’écriture chez Olivia et Asphodèle m’a donné des envies d’histoire qu’il faut que je trouve le temps de coucher noir sur blanc car les personnages trépignent et s’impatientent dans ma tête. Ces derniers mois ont donc été placés sous le signe de la nouveauté et de l’apprentissage express. Beaucoup de sueur donc, mais aussi beaucoup de satisfaction dans l’ascension de mes montagnes personnelles. Oserais-je dire que je suis plutôt fière de moi ? Damn yes !

Le défi d’écriture chez Olivia : Clair obscur

des mots une histoireLa liste des mots est sortie chez Olivia aujourd’hui : ténébreux – sombre – gouffre – clair – caverneux – roman – asocial – adaptation – théâtre – dramatique – scénariste – comédien – grandiloquent

La consigne facultative est la suivante : décrire un rendez-vous amoureux. Je ne l’ai pas respectée parce qu’une autre idée m’est venue, mais comme nous ne sommes que mardi, je me tâte pour écrire d’ici la fin de la semaine un autre extrait de l’histoire de Sarah avec ces mêmes mots…

En attendant, pour aujourd’hui ça donne ça :

‘Notre relation a changé, c’est indéniable, mais après tout n’est-ce pas là la loi implacable du grand théâtre de la vie ? Des montagnes russes entre le glamour et le dramatique, le rétro et le moderne, le clair et le sombre. Bien que ce soit dans l’ordre des choses, je dois t’avouer que je n’aime pas beaucoup la tournure qu’a pris notre histoire, de la curiosité à la tendresse, de la tendresse à l’indifférence, de l’indifférence à la haine. Un bien mauvais roman ma foi.

Il y a quelques années, tu es apparu dans ma vie, discret, seul, presque asocial, et je t’aimais bien comme ça. Je t’ai bien mis à la porte deux ou trois fois mais tu revenais toujours, alors je t’ai gardé. Tu étais en réalité un sacré comédien et tu cachais bien tes capacités d’adaptation et ton potentiel de colocataire sans-gêne.  Passant outre mon consentement, insidieusement, tu as même au fil du temps ramené tous tes amis sans que je m’en aperçoive.

Ah ça, tu as été malin et tu m’as eue par surprise. En te regardant bien, je pourrais presque distinguer ton sourire victorieux les jours de pluie. Scénariste rusé et patient, tu avais bien préparé ton coup. Cependant, ne me crois pas si proche du gouffre car j’ai plus d’un tour dans mon sac. Très bientôt, cher cheveu blanc, j’ai le regret de t’annoncer que je vais te livrer aux mains expertes de mon coiffeur. Et que tu le veuilles ou non, tes amis et toi allez disparaître  – du moins pour quelques semaines – dans la forêt jadis ténébreuse de ma chevelure. Mouhahahahaha ! (rire caverneux et grandiloquent)’

Le défi d’écriture chez Asphodèle : ennui

plumes asphodeleEt voilà le petit exercice de la semaine sur le thème de l’ennui chez Asphodèle, avec les mots suivants : projet, dimanche, emmerdement, penser, intimité, hésiter, oppresser, pluie, savoir, morosité, panne,créatif, silence, bâiller, fatigue, mourir, soupir, ralenti, routine, figé, vide, whisky, xyste, zigzaguer.

J’avoue que l’ennui m’a un peu gagné ! J’ai donc difficilement casé les mots, et laissé ’emmerdement’ de côté (et pas xyste !!), il jurait trop dans le paysage ^^.

‘Sarah détestait les week-ends sans projets. Tristan avait annulé leur petite escapade au dernier moment et elle s’était félicité de ne pas avoir payé d’acompte au petit cottage normand où ils avaient prévu de se rendre. Sentant l’esprit créatif venir en lui, comme il disait, il avait décidé de passer le week-end à la maison, ce qui signifiait deux jours enfermé dans son atelier, partageant son temps entre son whisky et ses pinceaux, zigzaguant fiévreusement entre ses toiles. Elle avait hésité mais n’avait finalement rien dit. A tout prendre, elle préférait un week-end loupé aux crises générées par ses pannes d’inspiration.
Tristan était un architecte brillant et passionné. A vingt-six ans, il était sorti de ses longues études avec des envies de bâtiments fous et des rêves de jardins et de xystes. Hélas, il s’était heurté à une réalité toute autre et se contentait, au bout de huit ans, de missions subalternes dans un petit cabinet parisien. Bouillonnant de frustration, il passait depuis plusieurs mois sa colère sur la peinture et l’alcool. S’y noyer lui permettait de rendre la médiocrité de sa vie supportable, mais ses plongées, dont il l’excluait, commençaient à inquiéter sérieusement Sarah.

Toute la semaine, elle s’était fait une joie de ces deux jours qu’ils allaient passer ensemble. Deux jours pour briser la routine et retrouver une intimité qu’ils perdaient peu à peu. Deux jours pour faire oublier à Tristan les affres de son quotidien et le sortir de sa déprime chronique.
Pourtant, au lieu d’être blottis l’un contre l’autre amoureusement au coin du feu dans une chambre d’hôtes, Tristan était au sous-sol en tête-à-tête avec son art et Sarah tournait en rond dans la maison dont le silence pesant l’oppressait. Elle avait finalement accepté hier une invitation à une réunion lingerie chez son amie Mag, bien qu’elle ne soit pas très friande des jacasseries entre filles, mais elle était cruellement désoeuvrée en ce dimanche de pluie mortel. A ses yeux, rien n’était pire que de retourner travailler le lundi sans avoir profité à fond de ses deux jours de liberté. Devant son incapacité à trouver une occupation satisfaisante, elle ressentit alors un vide immense. Elle repensa à ses premières années de vie commune avec Tristan. Le temps passait si vite avec lui. Elle aimait le côté artiste de sa personnalité, qui l’avait fait chavirer dès leur rencontre, à un vernissage où Mag l’avait entraînée malgré elle. Il l’avait fait rêver en lui racontant la genèse de dizaines d’oeuvres d’art, et des anecdotes hilarantes dont elle le soupçonnait d’en avoir inventé au moins la moitié. Là où d’autres auraient bâillé d’ennui, Sarah se montrait insatiable et buvait avec délectation ses histoires et son savoir inépuisable.

Force est de constater que l’admiration des débuts s’était émoussée, l’amertume de Tristan l’ayant transformé en un être dans lequel Sarah avait du mal à reconnaître son grand amour, et elle était seule aujourd’hui dans cette grande maison où le temps semblait s’être ralenti, comme figé. Elle poussa un soupir, s’installa sur le canapé et attrapa un magazine sur le guéridon : en lisant le titre de la première de couverture ‘Les origines de la fatigue’, elle fut découragée avant même de l’avoir ouvert et le reposa aussitôt. Soudain, elle réalisa que non seulement elle s’ennuyait à mourir, mais surtout qu’elle n’avait plus envie de rien. Dans sa morosité dominicale, elle réalisa aussi qu’elle pensait à Antoine.’