Atelier d’écriture chez Asphodèle : Le retour de Jensen

Jensen3Les semaines et les récoltes de mots se suivent. Sur le thème de la métamorphose, voici le résultat chez Asphodèle pour aujourd’hui (nous avons échappé de peu à ‘cloporte’, alléluia ! ^^) : changement, incrédule, papillon, chenille, évolution, climat, déguiser, magie, transformation, grossesse, adolescence, éclosion, cafard, majestueux, amour, éphémère, éperdu, envol, travesti. Je ne sais pas si on avait le droit mais j’ai pour ma part laissé ‘grossesse’ de côté, et j’ai poursuivi l’histoire de Honey/Cynthia.

Previously… Cynthia avait reconnu Jensen sur une photo de famille chez ses parents, ce qui manque de lui provoquer une crise de panique, qu’elle réussit à juguler tant bien que mal. Elle passe malgré tout une journée détendue et agréable, même si une question obsédante, qu’elle n’ose pas poser, ne quitte pas son esprit : qui est Jensen ? Then…

‘Travesty Moonlight venait de terminer son tour de chant. Il était l’heure pour Honey d’entrer sur scène. Depuis l’arrière-salle du Red Bunny, son regard incrédule balayait le bar : Jensen n’était pas là. Elle maudissait Luke d’avoir interrompu leur conversation hier soir, alors que la partie était presque gagnée. Cela lui avait valu une soirée de cafard à broyer du noir, seule avec son verre et ses cigarettes.
Elle s’était fait plus belle, plus séduisante et vénéneuse que jamais, parce qu’elle avait décidé que ce soir serait LE soir. Elle portait une robe fourreau en satin pourpre qui épousait à merveille ses formes à la fois graciles et pulpeuses. Sa chevelure rousse soigneusement arrangée se répandait en vagues sur ses épaules menues, encadrant un visage fin au teint pâle, que soulignait un rouge à lèvres flamboyant. Quand Honey se muait en femme fatale, le changement était saisissant. Transformation de l’éphémère chenille fragile, éclosion et envol du papillon éclatant et majestueux. Elle ressemblait à Rita Hayworth.
rita hayworth
Après un dernier coup d’oeil, elle se résolut, avec une pointe de déception, à monter sur scène et à entamer son show. A la contrebasse, elle croisa le regard subjugué de Luke, auquel elle répondit par une moue indifférente. Tant que la chasse ne serait pas terminée, aucun autre homme que Jensen ne trouverait grâce à ses yeux. Sa voix, d’ordinaire enveloppante et hypnotique, n’avait pas de cible ce soir et c’est sans âme qu’elle égrena son répertoire. Une heure plus tard, à l’approche de la dernière chanson, qui annonçait aussi la fermeture imminente du Red Bunny, la porte d’entrée s’ouvrit et Honey retint son souffle. Elle avait senti sa présence et sa voix se régénéra comme par magie. Soudain, le climat de la soirée n’était plus à la grisaille monotone et la température monta imperceptiblement.
Jensen.
Vêtu de son habituel manteau gris, le visage tapi dans l’ombre de son feutre, il venait d’électriser l’atmosphère du Red Bunny. Il avança dans la salle, commanda son whisky, mais au lieu de s’installer au comptoir comme tous les soirs, il se dirigea tout droit vers la scène en ôtant son manteau. Honey finissait de chanter Devil in disguise, un morceau d’Elvis dont elle avait créé une version piano-voix sensuelle et langoureuse.
Sans la quitter des yeux, Jensen glissa quelques mots à l’oreille du pianiste et s’installa devant l’instrument lorsqu’il eut terminé. Bien qu’elle cherchât à le cacher par un air qui se voulait distant, l’excitation de Honey était à son comble : Jensen allait l’accompagner. Jensen2Quand il entama les premières notes du Unforgettable de Nat King Cole, sa gorge se noua : c’était sa chanson fétiche, celle qu’elle emmenait avec elle de scène en scène, celle qui coulait de ses cordes vocales aussi naturellement qu’un rayon de miel. S’approchant du piano et plongeant son regard dans les yeux verts de Jensen, elle la chanta comme si c’était la première fois. Les douces volutes de la mélodie laissaient déjà entrevoir les délices de la nuit à venir et la fièvre s’insinua en elle au fil des paroles.

-Vous étiez en retard ce soir, lui glissa-t-elle d’un ton de reproche, lorsque la musique s’arrêta.
-J’étais à l’heure pour le clou du spectacle. Je vous raccompagne ?

Honey attrapa sa cape noire, que Jensen lui mit sur les épaules, et alluma une cigarette en sortant du Red Bunny. Son appartement était à quelques rues de là. Ils marchaient depuis quelques minutes en silence quand Honey le questionna :

-Qui êtes-vous, Jensen ? Vous semblez en savoir beaucoup sur moi et je ne sais rien de vous.
-Ne posez pas de questions dont vous n’aimeriez pas connaître les réponses, Honey. Savourez le clair de lune et la douceur de la nuit.

Quelques dizaines de mètres plus loin, ils arrivèrent à son appartement, un petit deux-pièces coquet au premier étage, à dominante orange et rouge.

Jensen4-Je vous sers un verre ? demanda-elle en entrant.

Sans répondre, Jensen posa son manteau et son feutre et enleva la cape de Honey. Puis il fit pivoter délicatement les épaules de la jeune femme et l’attira à lui. Honey faillit défaillir lorsque ses lèvres se posèrent sur les siennes. C’était elle qui, habituellement, faisait perdre la tête aux hommes, mais ce soir il y avait une évolution, un bris dans les habitudes : elle sentait qu’elle perdait le contrôle. Son cœur était enflammé comme celui d’une adolescente, ses baisers étaient trop éperdus, ses mains trop fébriles. Jensen avait pris le pouvoir.
Il fit glisser sa robe, la prit dans ses bras et l’emmena dans la chambre. Il l’allongea sur les draps de soie violets et ils firent l’amour exactement comme Honey l’avait imaginé. Elle savait déjà ses gestes, son parfum vanillé, le léger goût sucré de sa peau, leurs souffles mêlés, la chorégraphie de leurs corps. Et lentement, ses larmes se mirent à couler.’

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Atelier d’écriture chez Olivia : Première sortie

unehistoireEt hop, c’est reparti pour un atelier d’écriture, j’ai rattrapé le train en marche et voici ce qu’a donné la récolte de mots cette semaine chez Olivia : soutien – famille – convivial – repas – réunion – confrérie – confrontation – humilité – orgueil – arrogance – mépriser – morgue – autopsie – trouver – réponse

La consigne était la suivante : soit vous prenez tous les mots, soit vous n’en sélectionnez que cinq et vous ajoutez la consigne suivante : un des personnages doit dire « je n’aime pas la tiédeur des sentiments ».

Voici donc ma participation pour cette semaine. Previously on Honey/Cynthia’s story, le Docteur Moisan, ayant constaté que la mémoire de Cynthia revenait plus vite lorsqu’elle trichait avec son traitement, a décidé de lui faire confiance et de diminuer ses doses. Then… (désolée Olivia, je voulais faire revenir Jensen tout de suite mais les mots ne s’y prêtaient pas !).

‘Ce matin, Cynthia était assise, pensive, près de la fenêtre de sa chambre. On avait diminué la posologie de son traitement depuis trois jours et elle reprenait lentement contact avec ses sensations. Son cœur se réjouissait à nouveau du soleil qui se reflétait sur le lac et du chant des oiseaux dans le parc, sa notion du temps se faisait de plus en plus précise, et son impatience de revoir Jensen grandissait au fur et à mesure de son retour à elle-même. Ses cauchemars devenaient aussi plus oppressants, mais elle se gardait bien d’en parler au Docteur. Celui de cette nuit l’avait laissée pantelante et terrorisée, mais avec quelques respirations profondes elle avait réussi à retrouver un semblant de calme. Tout plutôt que de retrouver son espace intérieur gris et morne. Nuit après nuit, toujours ces flammes, ces cris… faute de les comprendre, elle tentait de s’y habituer et se disait que le moment venu, elle finirait bien par trouver des réponses.

Quelqu’un frappa à la porte, la sortant de ses sombres réflexions.

-Entrez.

C’était le Docteur Moisan.

-Bonjour Docteur.
-Bonjour Cynthia, comment allez-vous aujourd’hui ?
-Bien Docteur, bien mieux.
-Parfait. Nous sommes samedi, vos parents sont là. Ils m’ont demandé il y a quelques temps s’ils pouvaient vous amener chez eux le temps d’un repas. J’étais réticent jusque là mais comme je vous l’ai dit cette semaine, vous avez fait beaucoup de progrès et votre famille est impatiente de pouvoir vous apporter son soutien.

Une montée d’angoisse s’empara d’elle. Elle ne savait pas si elle était prête pour une confrontation avec le monde extérieur. Elle se sentait tellement à l’abri ici. Une maison de repos, comme on appelait sobrement la clinique des Bois Verts, n’était-elle pas la réunion de personnes souffrant de maux comparables aux siens ? Une confrérie presque conviviale où tout était mis en œuvre pour son bien-être ? Pourtant, aussi rassurante que pouvait être sa petite chambre blanche, elle ne pourrait pas y passer toute sa vie, elle en était consciente. Elle se reprit et répondit avec toute l’assurance dont elle était capable :

-Je suis sûre qu’ils vont beaucoup m’aider. Allons-y Docteur.

Papa et Maman attendaient dans le hall d’entrée. Comme à chacune de ses visites, Maman la serra très fort contre elle.

-Nous la ramènerons à 17h Docteur.
-Très bien, passez une bonne journée. En cas de problème, vous avez mon numéro de téléphone. Mais je suis sûr que tout ira bien, dit-il avec un sourire rassurant.

Cynthia monta à l’arrière de la Laguna de Papa et réalisa qu’elle allait retrouver le monde réel. Pour la première fois depuis deux mois, le paysage serait différent et ne serait plus figé, à l’image de celui qui défilait par les fenêtres de la voiture. Après vingt minutes de route, à l’approche du petit pavillon de banlieue de ses parents, elle reconnut le quartier, les rues et des flashs lui revinrent à l’esprit : le lycée tout proche, ses premières leçons de conduite… Puis la voiture s’arrêta devant la maison, la maison dans laquelle elle avait grandi. En descendant, Maman la regarda avec acuité, comme si elle voulait autopsier ses pensées.

-Oui Maman, je crois que je me souviens de la maison, lâcha Cynthia, alors que sa mère n’avait encore rien dit.
-C’est très bien, répondit Maman, les yeux humides. Viens on va entrer, l’intérieur ravivera peut-être d’autres souvenirs. Maya va bientôt arriver.

Cynthia entra dans la maison et se dirigea vers le salon. Un superbe chat sacré de Birmanie se tenait sur un des fauteuils, affichant un air orgueilleux et méprisant. Quand il aperçut Cynthia, il abandonna aussitôt sa morgue et son arrogance et se leva pour aller se frotter contre ses jambes avec humilité.

-Opale… murmura la jeune femme en prenant doucement l’animal dans ses bras.

Tenant la bête ronronnante contre sa poitrine, elle se promena dans la pièce et en étudia tous les détails en espérant en faire surgir des images du passé. Puis son regard fut attiré par la cheminée, et par les cadres qui y étaient placés. Ils étaient pleins de visages heureux et souriants, témoins d’époques plus légères. Elle reconnut Papa, Maman et Maya, mais les autres visages lui étaient pour la plupart inconnus ou très flous. Soudain, son cœur s’arrêta. Sur une photo de famille, un beau jeune homme au regard vert familier se tenait près d’elle. Elle n’en croyait pas ses yeux : c’était Jensen.’

Atelier d’écriture chez Olivia : Entrevue près du lac

unehistoireCette semaine, le moins qu’on puisse dire c’est je suis totalement hors délai pour l’atelier d’écriture chez Olivia ! Mais tant pis, j’ai joué quand même en mettant à profit mes trois heures de train de Marseille à Paris.

Voici donc les mots qu’il fallait placer : éclairage – clarté – lampadaire – attente – rendez-vous – quand – bientôt – demain – jour – nuit – aube – début. Contrainte facultative : soit vous prenez tous les mots, soit vous n’en sélectionnez que cinq et vous ajoutez la consigne suivante : le lieu de l’action doit être au bord d’un lac.

‘-Cynthia, vos parents sont là. Vous allez prendre vos médicaments avant d’aller les voir. Devant moi. Je ne veux pas que ça se passe comme il y a quinze jours, vous vous souvenez ? Vous avez fait peur aux autres patients et vous avez mordu une infirmière. Si une telle chose se reproduit, je serai forcé de vous interdire les sorties dans le parc.

Cynthia s’exécuta sans opposer de résistance. Pourtant Dieu sait qu’elle abhorrait la léthargie dans laquelle la plongeaient ses comprimés, cette absence totale de sentiments, comme si chacune de ses terminaisons nerveuses était étouffée dans du coton. Ce traitement lui faisait perdre la notion du temps et elle avait l’impression d’évoluer dans un univers sans relief, sans couleur, sans goût. Finalement, elle préférait mille fois cette douleur fulgurante qui la frappait parfois sans prévenir à ce désert… et à l’absence de Jensen. Deux semaines plus tôt, la crise qu’évoquait le Docteur avait été telle qu’un cri primal et sauvage, qu’elle n’avait pu retenir, s’était échappé d’elle et lui avait fait perdre complètement le contrôle. Elle revit le visage épouvanté de sa mère, entendit les cris d’effroi autour d’elle, jusqu’à ce que les infirmières la maîtrisent et lui administrent une dose qui l’avait terrassée en quelques secondes et dont l’effet lui avait semblé durer une vie entière.

-Venez, je vous emmène dans le parc. Vos parents vous attendent au bord du lac. Je compte sur vous pour que tout se passe bien. Nous nous verrons ensuite pour notre rendez-vous hebdomadaire.

Cynthia jeta un œil rapide par la fenêtre et aperçut ses parents au loin. La clarté de cette fin d’après-midi lui semblait étrange, cotonneuse, presque triste, si différente des lumières naissantes de l’aube, porteuse des espoirs du jour, qu’elle contemplait chaque matin. A moins que ce ne soit l’effet des médicaments et l’éclairage gris et terne qu’ils apportaient à son quotidien, le début de la léthargie tant redoutée qui la précipitait dans sa nuit intérieure. Puis le Docteur la prit par le bras pour l’accompagner dehors.

-Bonjour ma chérie, comment vas-tu aujourd’hui ? lui demanda sa mère en la serrant contre elle.

Cynthia avait du mal à supporter les efforts visibles que sa mère faisait pour paraître badine, et les larmes qui menaçaient à tout moment de jaillir de ses yeux. Les premiers temps de son arrivée, elle ne l’avait pas reconnue. Tous ses souvenirs étaient comme un amas informe qu’elle n’arrivait plus à déchiffrer. Les noms et les visages s’entrechoquaient dans sa tête sans parvenir à se montrer distinctement à sa conscience. Petit à petit, le puzzle s’assemblait de nouveau, des bribes de son histoire refaisant surface de manière lente et erratique. Elle n’aurait même pas su dire depuis combien de temps elle était là, ni pourquoi. Elle avait d’abord reconnu sa sœur Maya, sa mère, puis son père. Lire la souffrance, puis la pitié, sur ces visages aimés lui avait causé un choc, d’autant plus qu’elle n’arrivait pas à se souvenir de ce qui les avait causés. Malgré ses suppliques, Maman refusait d’en parler. Elle disait que le Docteur Moisan voulait qu’elle se souvienne toute seule, que c’était important. Ce qui provoquait sa colère, du moins quand les médicaments ne l’avalaient pas avant qu’elle n’ait eu une chance de se manifester.

-Maman, quand vais-je pouvoir sortir d’ici ? Demain ? Dans dix ans ? hurlait-elle.
-Bientôt ma chérie, disait inlassablement Maman. Le Docteur dit que tu fais beaucoup de progrès, que ta mémoire revient. Il ne faut pas aller trop vite, il ne faut rien forcer si tu ne peux pas encore te souvenir…

Mais aujourd’hui, Cynthia se sentait plus résignée que d’habitude.

-Ca va, Maman, répondit-elle d’une voix morne.

Puis elle se tut. Elle contempla le lac et écouta la voix de Maman qui se faisait lointaine. Comme à chacune de ses visites, cette dernière lui parla de personnes dont le souvenir lui revenait parfois, lui dit qu’elle manquait à tout le monde et qu’elle avait hâte d’organiser la grande fête de son retour à la maison. Papa quant à lui resta silencieux. Il était dérouté par la nouvelle Cynthia et ne reconnaissait plus sa fille dans ce petit être recroquevillé et fragile au comportement imprévisible. Il l’aimait toujours, bien sûr, mais il n’arrivait pas à trouver les mots justes, aussi il se contentait d’être présent. Malgré son mutisme, son attitude était en fin de compte beaucoup plus supportable pour Cynthia que celle de Maman, et les échanges silencieux qu’elle avait avec lui lui apportaient au fond plus de réconfort. Au bout d’un certain temps, le soleil se mit à baisser à l’horizon. Les éclairages et les lampadaires du parc n’allaient pas tarder à s’allumer. Elle interrompit alors le bavardage de Maman.

-Je suis fatiguée Maman, et je commence à avoir froid. Je voudrais rentrer.

Le Docteur Moisan arriva à ce moment-là avec une infirmière.

-Madame et Monsieur Lavoie, je vais devoir vous enlever votre fille, c’est l’heure. Cynthia, Sylvie va vous raccompagner dans votre chambre, j’ai un mot à dire à vos parents, je vous rejoins dans quelques minutes pour notre entretien.

Elle dit au revoir à ses parents, détourna rapidement le regard pour ne pas voir les larmes imminentes dans les yeux de Maman et suivit docilement l’infirmière.’