Mon billet vampirique

Les larmes rougesBillet promis, billet dû ! Après ma lecture mitigée des Larmes Rouges de Georgia Caldera il y a quelques temps, je me suis dit qu’il fallait que je retourne à mes bons vieux classiques du vampirisme. J’ai donc poursuivi la Chronique des Vampires d’Anne Rice que j’avais entamée il y a fort longtemps et je me suis ensuite attaquée à la référence du genre, que je n’avais toujours pas lu : LE Dracula de Bram Stoker. Conclusion : je crois que je n’aime plus autant les vampires, leur immortalité et leurs questionnements métaphysiques, que dans ma jeunesse et je vais faire dès maintenant une pause végétarienne bien méritée.

Armand le Vampire : un 6ème tome de la Chroniques des Vampires en demi-teinte

Armand le vampireDans les années 90, j’ai découvert cette fabuleuse série d’Anne Rice qui offre les personnages de vampires parmi les plus fascinants (Lestat, pour ne citer que lui). Après un Memnoch le démon que j’avais trouvé longuet et rempli d’un prêchi-prêcha qui pourtant ne me fait pas peur habituellement, je m’en étais arrêtée là.

Dans ce 6ème tome, que j’avais depuis très longtemps dans ma PAL, comme disent les pros des blogs de lecture 😉 Anne Rice centre son récit sur l’histoire d’Armand, l’éternel adolescent à la chevelure de feu, que Lestat et Louis, son compagnon vampirique, rencontrent à Paris dans le premier livre, Entretien avec un vampire. De son enfance dans les steppes russes à ses errements parisiens, en passant par sa jeunesse vénitienne et sa transformation par le grand Marius, l’histoire avait de quoi séduire. J’attendais également avec impatience sa vision des événements parisiens, déjà racontés dans le tome 1  par Louis. Mais au final j’avoue m’être un peu ennuyée, par manque de réels enjeux dramatiques et une surabondance de réflexions philosophico-mystico-religieuses qui ne m’ont, je l’avoue, pas passionnée.  Comme si tout avait finalement déjà été dit dans les 4 premiers tomes.

Par ailleurs, j’ai également été surprise par l’érotisme très marqué de ce volume : on savait les vampires d’Anne Rice sensuels et épicuriens, mais on sent qu’entre temps sa trilogie érotique de La Belle au Bois Dormant est passée par là, ce qui, même si je ne m’y attendais pas, n’était pas forcément déplaisant. En outre, l’écriture d’Anne Rice est toujours aussi belle et sa plume stimule toujours autant l’imagination. Pourtant, ce volume ne m’a pas donné envie d’aller jusqu’à la fin des Chroniques, qui pourtant avaient commencé de façon flamboyante avec Entretien avec un vampire, et surtout Lestat le vampire qui est certainement le meilleur opus de la série. Ainsi, je me garde sous le coude sa saga des sorcières qui, paraît-il, vaut le détour (par Salem ?).

Dracula, à l’origine du mythe

dracula bram stokerToujours dans les années 90, pas particulièrement connaisseuse du mythe, ni des innombrables déclinaisons cinématographiques qui lui avaient été dédiées, j’ai découvert Dracula, le film de Francis Ford Coppola. Je crois d’ailleurs que c’est de là que vient ma fascination d’antan pour les vampires. Après avoir tellement aimé ce film, sa puissance dramatique, son romantisme sombre, sa merveilleuse ambiance gothique, je me suis dit récemment qu’il fallait que je découvre (enfin) l’oeuvre originale. Mon sentiment après cette lecture est surtout le regret de ne pas avoir commencé par le livre.

Dans les points positifs, il y a bien sûr l’ambiance. Les premières pages du livre sont très évocatrices et marquantes : la diligence filant dans la nuit des Carpathes, les loups, le château sinistre, le comte Dracula à la fois obséquieux et monstrueux… tout concourt à susciter la terreur. De ce point de vue, la première moitié du livre est une vraie réussite et m’a même fait faire certaines nuits quelques rêves inquiétants.

D’autre part, le choix du roman épistolaire et les différents points de vue proposés (lettres, journaux intimes, …) permettent de se plonger dans chaque personnage et créent une dynamique très intéressante. Enfin, l’écriture en elle-même est charmante, un brin surannée – n’oublions pas que le roman a été écrit en 1897 – et les sentiments exprimés parfois délicieusement démodés, si l’on excepte un sexisme d’époque qui choquerait un tantinet aujourd’hui. Ainsi, l’héroïne Mina Harker est définie comme ayant l’esprit d’un homme (= son intelligence) avec la sensibilité d’une femme. Gloups ^^

dracula minaMais ce charme ne passe hélas pas la moitié du livre. Contrairement au film, où Dracula est un personnage effrayant, mais en même temps si fascinant, multi-facettes et romantique, il n’est qu’un vulgaire monstre à traquer dans le livre. Alors que l’ouvrage porte son nom, c’est finalement lui le grand absent de cette seconde partie.

Donc ici, point de romantisme : plus de Dracula reniant sa foi en Dieu au retour de la guerre suite au suicide de sa bien-aimée qui le croyait tombé au combat, le transformant en monstre non-mort assoiffé de sang. Plus de recherche de la fiancée réincarnée dans le Londres du XIXème siècle.  Cette seconde moitié se résume en fait à une chasse au monstre assez décevante (et très longue) de mon point de vue, les motivations du comte et les origines de sa monstruosité restant jusqu’au dénouement des questions sans réponse.

Ainsi, quand je lis que l’adaptation de Coppola est la plus fidèle à l’oeuvre originale, je dirais oui, mais en mieux. Là où Bram Stoker avait inventé un univers gothique marquant et un personnage maintes fois adapté, Coppola a su y apporter la puissance émotionnelle nécessaire pour créer l’alchimie parfaite. Et que dire de la bande originale (reprise depuis note pour note dans la saison 1 d’American Horror Story, ce qui m’avait passablement agacée ^^) qui m’avait beaucoup marquée à l’époque. Quand la magie du cinéma arrive à transcender les mots.